Nous traversons une grave crise sanitaire, aux conséquences économiques et sociales très fortes[1]. Cela entraîne beaucoup de souffrance et soulève beaucoup de questions. L’artiste Grand Corps Malade, dans sa chanson Effets secondaires[2], déclame : « Et de nos fenêtres, on réapprend à regarder le ciel ».
Lorsqu’on regarde le ciel, on se demande : Où est Dieu dans tout cela ? Que fait-il ? Pourquoi laisse-t-il cela se produire ?
Devant tant de souffrances, aucune réponse toute faite ne sera satisfaisante. Tenter d’y répondre me parait présomptueux et je ne suis pas certain que cela apporte consolation. La Bible nous apprend au moins trois choses par rapport à la question « Où est Dieu ? » dans la catastrophe. Trois « lieux » où se trouve Dieu, en cette période de Covid-19.
Premier « lieu » : Au ciel
Psaumes 115.3 : « Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut ».
Cela peut paraître difficile à comprendre, voire même cruel. Au contraire cela est très rassurant : Dieu reste le maître. Il n’est pas surpris. Il n’est pas dépassé. Il reste au contrôle. Il peut y mettre fin. Même si nous sommes dépassés, si nous ne savons pas, il y a au moins une personne qui sait.
Corrie Ten Boom, une hollandaise qui a été prisonnière dans un camp de travail pendant la seconde guerre mondiale, comparait sa vie à une broderie.
Quand on regarde le verso on ne voit qu’un mélange de fils désordonné. Mais quand on regarde le recto, on y voit un magnifique motif.
Elle cite ce poème :
Ma vie n’est qu’un tissage,
entre mon Dieu et moi.
Je ne choisis pas les couleurs,
Il travaille sans émoi.
Si souvent Il tisse dans la souffrance, et
dans ma folle fierté,
J’oublie qu’Il voit le beau dessin
et moi le mauvais côté.
Pas avant que le tissage ne s’arrête
et que la navette finisse de filer
Dieu ne déroulera la toile
et les pourquoi viendra expliquer :
Les fils noirs sont nécessaires
dans la main habile du Tisserand
Comme le sont les fils d’or et d’argent
dans le modèle qu’Il a prévu auparavant.
Nous ne comprenons pas cette crise, mais Dieu sait ce qu’il fait…
Francis Schaeffer, penseur chrétien du 20è siècle avait l’habitude de dire : lorsque les souffrances traversent notre vie nous ne devrions pas poser la question : « Pourquoi Dieu autorise-t-il que cela n’arrive ? », mais plutôt : « Puisque Dieu permet que cela arrive, comment dois-je alors vivre ? ».
Pour ma part, cette crise m’appelle à vivre la solidarité, la compassion. Elle me pousse à l’humilité et à trouver ma valeur en Dieu plutôt qu’en d’autres valeurs qui se révèlent très fragiles (argent, position sociale, voyage, etc.).
Dieu est au ciel. Est-il alors distant, inaccessible et indifférent à nos souffrances ? Bien-sûr que non !
Deuxième « lieu » : dans les services de réanimation Covid
Psaumes 34.19 : « L’Éternel est proche de ceux qui ont le cœur brisé. Il sauve ceux qui ont un esprit abattu ».
Paul Claudel, poète français, a écrit : « Dieu n’est pas venu pour supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer mais il est venu la remplir de sa présence ».
Voici ce qu’a exprimé Christian Blanc, le président du Conseil national des évangéliques de France, qui a été gravement atteint par le coronavirus : « C’était comme si je touchais du doigt la compassion, la bonté et la fidélité divines. Ce n’était plus des points de doctrines, des réalités intellectuelles et spirituelles, mais c’était des vérités qui prenaient corps en moi. Dieu, mon Père était là avec moi en réanimation comme il était avec Joseph en prison, j’étais convaincu que je pouvais compter sur son amour et sa souveraineté. […] J’ai pris davantage conscience qu’en pareilles circonstances, lorsque tout s’évanouit autour de nous, il ne nous reste que l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, sa présence promise, et les promesses de sa Parole » [3] .
Dieu n’a jamais été, n’est pas, et ne sera jamais indifférent à la souffrance humaine. La preuve en est Jésus-Christ. Dieu s’est fait être humain ! Dieu nous a rejoints dans notre humanité. Dieu peut comprendre, parce qu’il l’a lui-même expérimentée, notre souffrance humaine.
Hébreux 4.15 : « Nous n’avons pas un grand prêtre insensible à nos faiblesses ; il a été soumis, sans pécher, à des épreuves en tous points semblables ».
Un auteur anglican évangélique a écrit : « Dans notre monde de souffrance, comment pourrais-je adorer un Dieu qui en aurait été exempt ? » [5].
L’auteur Éric-Emmanuel Schmitt illustre cette idée dans son roman Oscar et la dame rose. Dans ce roman, Oscar, un jeune enfant souffre d’un cancer. Il reçoit la visite d’une visiteuse d’hôpital, Marie-Rose, qui se fait passer pour une ancienne catcheuse. Voici les réflexions et le dialogue d’Oscar avec Marie-Rose, lorsqu’elle l’emmène voir Dieu et lui indique le crucifix de la chapelle :
« Ça m’a fait un choc quand j’ai vu ta statue, enfin, quand j’ai vu l’état dans lequel tu étais, presque tout nu, tout maigre sur ta croix, avec des blessures partout, le crâne qui saigne sous les épines et la tête qui ne tenait même plus sur le cou. Ça m’a fait penser à moi. Ça m’a révolté. Si j’étais Dieu, moi, comme toi, je ne me serais pas laissé faire.
Mamie-Rose, soyez sérieuse : vous qui êtes catcheuse, vous qui avez été une grande championne, vous n’allez pas faire confiance à ça !
Pourquoi Oscar ? Accorderais-tu plus de crédit à Dieu si tu voyais un culturiste avec le bifteck ouvragé, le muscle saillant, la peau huilée, la petite coupe courte et le mini-slip avantageux ?
Ben…
Réfléchis Oscar. De qui te sens-tu le plus proche ? D’un Dieu qui n’éprouve rien ou d’un Dieu qui souffre ?
De celui qui souffre, évidemment » [5].
Jésus n’est pas seulement venu pour compatir à nos souffrances morales et physiques. Il est venu pour guérir notre cœur et venir y habiter.
Troisième « lieu » : dans le cœur du croyant
Jean 14.23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui ».
La mission première de Jésus était de nous réconcilier avec Dieu le Père.
Nous qui nous sommes définis par nous-mêmes, qui avons vécu à notre guise, en ignorant Dieu et en négligeant sa création. Il est venu prendre la condamnation que mérite notre rébellion et en payer le châtiment. C’est là tout le sens de sa crucifixion. Il est mort pour nous, à notre place, afin que nous puissions être réconciliés avec Dieu. Jésus est ensuite ressuscité, montrant sa puissance, même sur la mort.
Ainsi, pour ceux qui placent leur confiance en Jésus et qui acceptent de suivre les voies de Dieu, se voient maintenant restaurés dans une relation d’amour avec Dieu.
Et comme le dit ce verset de Jean 14.23, Dieu vient habiter dans le cœur des croyants. Dès maintenant et pour l’Éternité.
Quand Dieu habite dans le cœur du croyant, il offre la paix pour traverser les difficultés mais aussi la perspective de la vie éternelle, débarrassée de toute souffrance.
Où est Dieu ? Il est au ciel et dirige toutes choses. Il est dans les hôpitaux, au chevet de ceux qui souffrent. Il est dans le cœur des croyants, leur apportant la paix et une perspective de vie éternelle.
Peut-être avez-vous envie d’ouvrir votre cœur à Dieu. Je vous propose alors de formuler une prière[6].
Thomas Hodapp
[1] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement/confinement-les-troubles-psychologiquesde-plus-en-plus-nombreux_4203027.html#xtor=CS2-765-[autres]-
[2] https://youtu.be/4UX6Wsr8GMU
[3] https://www.lecnef.org/articles/56883-forts-dans-latempete
[4] John Stott, La croix de Jésus-Christ, p 336.
[5] Oscar et la dame rose, Éric-Emmanuel Schmitt, p. 50 dans l’édition Magnard.
[6] Cette prédication a été donnée dans le cadre du culte du 18 octobre 2020 de l’Église protestante baptiste de Noisy-le-Grand. Vous pouvez l’écouter à ce lien : https://youtu.be/RgtgCfKtlgc