Déjà il y a 30 ans R. Shallis parlait de « fausse couche spirituelle » à propos de personne qu’on considère trop vite comme « née de nouveau ». Qu’en pensez-vous ?

Saotra Rajaobelina (SR) : J’emboîte le pas de Ralph Shallis, parfois par l’envie de voir des conversions, on diminue les exigences de l’Évangile.

Raphaël Anzenberger (RA) : Le danger est permanent. Il nous faut développer une véritable théologie de la conversion. Jésus a mis ses disciples à l’épreuve. Est-ce que nous mettons à l’épreuve ceux qui veulent prendre une décision ou avons-nous peur de les perdre ?

Daniel Coronès (DC) : Il est possible de se tromper sur la réalité de la conversion d’une personne. Quand bien même nous aurions observé des changements d’attitudes et beaucoup d’enthousiasme spirituel. C’est pour cette raison que lorsqu’on baptise quelqu’un, on le fait sur sa propre confession de foi.

Emmanuel Maennlein (EM) : Il n’existe pas de critères bibliques qui permettent de savoir si une personne appartient au Seigneur. Il est dangereux de porter un jugement trop hâtif.  La remarque de R. Shallis a du vrai. Je l’ai constaté à bien des reprises. Avons-nous dit et redit un peu facilement « Crois et tu seras sauvé » ? Un fait est certain : celui qui croit sera sauvé ! Sous prétexte que certains n’ont pas saisi la porté de leur oui à Jésus nous devons veiller à ne pas rajouter des « plus » ; si tu crois, « plus » si tu agis ainsi « plus » si tu laisses tomber cela… tu seras sauvé. La foi seule suffit pour être sauvé. A nous d’en expliquer les implications et à l’Esprit de faire son œuvre.

Pensez-vous qu’il soit possible pour un évangéliste de tirer trop vite le filet ?

RA : Si le filet est tiré trop vite, c’est que tout l’Évangile n’a pas été proclamé. Lorsqu’on prêche, il est important de délivrer tout le message du salut, qui inclut la nécessité de devenir disciple, avec tout ce que cela implique.

EM :Oui, en particulier lors d’une réunion publique. Les personnes qui répondent le font pour différents motifs. Certains sont touchés par Dieu et veulent vraiment être sauvés. D’autres répondent à l’appel parce qu’un de leur besoin a été révélé. D’autres encore reviennent au Seigneur, le font pour leur conjoint, ou pour un problème de santé. L’évangéliste ne doit pas considérer tous ceux qui s’avancent comme convertis. Et surtout cela ne doit pas l’empêcher de continuer à lancer le filet.

Qui est le plus en danger d’aller trop vite : l’Église ou l’évangéliste ?

SR : Les deux. L’Église est soucieuse de sa croissance numérique. L’évangéliste a le désir d’amener le plus d’âmes à Christ. Les deux doivent être très attentifs à ne pas faire primer « la quantité » sur « la qualité ».

RA : Il y a un double danger : celui de l’évangéliste qui veut que tout le monde se convertisse, et celui de l’Église qui veut que tout le monde vive en paix avec elle. Les deux sont parfois antagonistes.

À quel élément du message devez-vous être particulièrement attentif et ne pas négligé ?

SR : Tout ce qui touche à la repentance et à la Seigneurie de Jésus. Il n’y a pas de salut sans repentance. Jésus ne peut être Sauveur s’il n’est pas en même temps Seigneur.

RA : Je pense qu’il faut mettre l’accent sur la dimension présente et future de la vie de disciple : à savoir que le salut accordé, ce plein pardon pour le passé, s’incarne dans une vie nouvelle pour aujourd’hui, en vue de l’espérance pour demain. Autrement dit, il ne faut pas taire la dimension eschatologique de l’engagement.

DC : La résurrection ! Jésus est vivant ! C’est pour cette raison que l’Évangile a toute sa valeur et sa pertinence. Sans cela, nous sommes entrain de perdre notre temps…

Qu’est-ce qui vous semble propre à provoquer de vrais disciples ?

SR : Il n’y a pas de recettes miracle ! L’évangéliste est dépendant de l’oeuvre du Saint-Esprit qui convainc de péché. Cela n’occulte pas le fait de délivrer le message de l’Évangile avec pertinence et sérieux. Il importe que les personnes puissent comprendre la gravité de leurs péchés et donc la sainteté de Dieu. Elles pourront ainsi comprendre sa grâce et son désir de régner comme Seigneur de nos vies.

RA : Il faut que l’Église retrouve une vraie intentionnalité dans sa compréhension de la formation de disciple. Le reste en découle.

DC : L’intervention de Dieu. Nous ne sommes que des poteaux indicateurs. À nous d’être ce que Dieu attend que nous soyons. Chacun dans le domaine qui lui a été confié et les compétences qui lui ont été données.

EM : Avant tout l’action de l’Esprit de Dieu dans la vie d’une personne. Qui provoque un bouleversement propre à faire un disciple de Jésus. C’est la Pentecôte qui a changé les disciples de Jésus et en a fait des témoins efficaces. 

France évangélisation