A. Sur le fond ?
Quel aspect théologique du message est peut-être délaissé ? – Emmanuel Maennlein
S’il est facile à l’évangéliste de prêcher sur la grâce de Dieu, sur la foi et les bienfaits de la mort du Christ à la croix, il y a des sujets qu’il esquive volontiers. Même qu’il n’évoque jamais. En théologie, la foi est ce qu’on appelle l’aspect positif de la conversion. C’est le moyen par lequel nous acceptons tout ce que le Christ a fait pour nous à la croix. Une fois convaincu et éclairé par l’Esprit, il est facile de croire. En revanche, prêcher sur l’aspect négatif de la conversion est parfois plus délicat. Embarrassant. Pour celui qui l’annonce et pour celui qui devrait changer ! Et pourtant, la repentance est un des incontournables de la foi chrétienne. Bien sûr, tout évangéliste digne de ce nom en parlera dans ses messages. Mais reconnaissons-le, souvent à la fin de son message, sous forme de question : que faire pour être sauvé ? Repentez-vous et croyez ! Ou alors il la mentionnera brièvement dans sa prédication ou lors de la prière de conversion. Puisque que la repentance est le premier pas pour entrer dans le Royaume de Dieu il serait bon que l’évangéliste novice ou aguerri consacre au moins un message sur ce sujet dans ses séries. Si la conviction lui manque, la peur d’être mal vu ou encore la crainte de ne pas être réinvité le guettent, qu’il se rappelle le message du fondateur de la foi chrétienne et de son équipe choc : Le 1er message du Christ est on ne peut plus clair : « Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle »[1]. Difficile de faire mieux ! Le cousin de Jésus consacra même tout son ministère à ce seul thème ! « Repentez-vous car le Royaume des cieux est proche.[2] Que dire des apôtres ? Toutes leurs prédications, des premières aux dernières sont empreintes du sujet. « Ils partirent et ils prêchèrent la repentance. »[3] « J’ai annoncé la repentance… »[4] explique Paul, lors de son témoignage. Notez que des thèmes chers aux évangélistes actuels, comme l’amour semble absent de la prédication des premiers évangélistes.
Que l’évangéliste exerce aussi son discernement. Quel est un des besoins de l’Église en francophonie aujourd’hui ? Trouver de nouvelles méthodes ? Non, je crois qu’il est de revenir aux essentiels, en particulier la repentance. J’ai pu le constater à plusieurs reprises au cours du ministère ces deux dernières années. Dans le nord de la France, il y a quelques mois comme il y a 2 ans à Bangui. Suite au message, l’organisateur de la réunion me convoque dans son bureau et me dit surpris et heureux : « Cela fait plus de 3 ans qu’on n’avait pas entendu un message sur la repentance. Pourtant nous avons eu des évangélistes. C’est de cela dont nous avons besoin. » En effet, nous avons besoin de cet incontournable. Dans le monde. Dans l’Église. Dans nos vies. Dans ma vie.
[1] Marc 1 : 14
[2] Matt. 3 : 2.
[3] Marc 6 : 12.
[4] Actes 26 : 20.
Quels sont les aspects théologiques du message non négociables ? – Philippe Monnery
Si chaque présentation de l’Évangile est différente en fonction du contexte, du public ou du texte biblique utilisé, certains éléments demeurent non négociables pour que l’Évangile soit annoncé.
• Dieu : créateur et amour mais aussi roi et juste.
Avant même de concerner l’homme, l’Évangile concerne d’abord Dieu. Il est le point de départ du message chrétien. Dieu nous a créés pour sa gloire et souhaite avoir une relation d’amour avec nous. Le but de notre vie est de le glorifier en prenant plaisir en lui dans tous les domaines de notre existence. Mais si Dieu est amour il est aussi juste. Il nous a créés responsables et, comme roi de l’univers, il attend que nous lui obéissions. Parce qu’il est Dieu et que tout lui appartient, nous avons des comptes à lui rendre.
• L’Homme : créé bon et à l’image de Dieu mais mort dans ses péchés et condamné pour l’éternité.
L’Évangile concerne ensuite l’homme. Celui-ci bien que créé bon s’est détourné de Dieu. La chute est plus qu’une simple désobéissance. C’est la volonté délibérée de décider à la place de Dieu ce qui est bien et ce qui est mal. C’est la créature qui devient dieu à la place du Dieu créateur. Ainsi l’homme s’est séparé de Dieu et donc de sa source de vie. Il est mort dans ses péchés et ne peut plus venir à Dieu. À cause de la sainteté de Dieu, il est condamné à passer l’éternité loin de lui en enfer.
L’Évangile est d’abord une mauvaise nouvelle : le Dieu saint, créateur et juge appelle l’homme à rendre des comptes mais celui-ci s’est rebellé contre Dieu et il mérite d’être condamné.
• Jésus-Christ : Dieu venu en chair, mort et ressuscité pour justifier les pécheurs.
La Bonne Nouvelle de l’Évangile intervient ensuite au travers de Jésus-Christ. Dieu de toute éternité venu en chair, Christ est mort sur la croix pour prendre sur lui la colère de Dieu. Dans son corps d’homme, il paie la condamnation pour les péchés de l’humanité. Par sa résurrection, il montre que son sacrifice est accepté et que la mort a été vaincue. Grâce au sacrifice, Dieu peut déclarer juste les pécheurs car le prix de leur péché est payé. Christ offre ainsi à tous ceux qui se confient en lui la vie éternelle et le pardon des péchés.
• Notre réponse : la repentance et la foi.
L’Évangile a été accompli en dehors de nous et indépendamment de nous par Jésus-Christ. Mais il ne serait pas une bonne nouvelle s’il n’était pas appliqué à notre vie. Le message invite chaque homme à mettre sa confiance en Christ (la foi) et à le reconnaître comme son sauveur prenant sur lui la colère de Dieu. Cette foi est indissociable de la repentance, qui consiste à regretter ses péchés et à les confesser, mais surtout à capituler devant Dieu en lui rendant la royauté que nous avons usurpée. C’est un changement de paradigme où Dieu redevient le centre de mon existence à ma place.
La place de l’Église dans la prédication – Raphaël Anzenberger
Paul rappelle que « [Jésus] s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes oeuvres »[1]. Le sacrifice de Jésus a donc une double perspective. Celle de notre salut (la justification par la foi) et celle de notre appartenance à l’Église (la sanctification par l’Esprit en communauté). Tout cela en vue de notre glorification. Lorsque nous proclamons le message de l’Évangile, nous devons donc veiller à intégrer ces deux perspectives. Autrement dit, notre appel ne se limite pas à la seule conversion du pécheur, mais elle l’invite également à rejoindre le peuple de Dieu. Comme le rappelle Smith : « Un évangéliste, selon la Bible, est une personne qualifiée par Dieu pour proclamer son nom et sa puissance à ceux qui sont en dehors du peuple de Christ, afin de les amener à connaître la puissance rédemptrice de l’Évangile, à s’attacher à cet Évangile et à devenir membres à part entière du corps des rachetés[2] ».
Les évangélistes ont privilégié dans leur proclamation la perspective du salut trop souvent au détriment de l’appartenance au corps du Christ. Christopher Little, dans un article provocateur intitulé « Sauver l’Église de la prière du pécheur[3] » retrace les raisons historiques qui ont conduit les évangélistes, en Amérique, à cette déviation.
En réaction au traditionalisme hérité de l’Église Anglicane, le puritanisme américain revendique la liberté de l’individu à choisir sa propre destinée. La théologie de la prédestination est rapidement délaissée au profit du déterminisme de l’individu. Par exemple, l’évangéliste Charles Finney, bien qu’issu du milieu presbytérien, déclare à son auditoire : « Dieu vous demande de vous repentir, et ce qu’il demande de vous, il ne peut le faire pour vous. Cela doit être votre acte volontaire, personnel… N’attendez pas qu’il entreprenne votre devoir à votre place, mais agissez promptement, ou faites face aux peines éternelles »[4]. Afin de faciliter le processus de conversion, Finney instaure « le banc des anxieux », souvent placé au premier rang, où le pécheur repentant peut s’approcher et se convertir.
Moody, jugeant le banc des anxieux trop embarrassant, propose plutôt aux pécheurs repentants de se tenir debout. Ceux qui souhaitent alors donner leur vie à Christ sont conviés dans une salle à part pour un entretien privé. Quelques années plus tard, Moody instaure les cartes de décisions pour assurer un meilleur suivi des convertis auprès des pasteurs. Billy Sunday supprime l’entretien privé et simplifie le processus : prière de repentance, carte de décision, remise du livret sur lequel est inscrit : « Par ce geste que vous avez entrepris de venir devant, vous êtes maintenant un enfant de Dieu et vous avez maintenant la vie éternelle »[5]. Billy Graham s’inscrit naturellement dans cette logique, ainsi que beaucoup d’autres jusqu’à aujourd’hui.
Il faut donc croire (carte de décision) puis appartenir (baptême) afin de s’engager (service). Mais combien vont jusqu’au bout de ce processus ? Richard Peace avance le chiffre de 10 pourcent[6]. Faut-il s’en contenter ? Little n’est pas de cet avis : « Pour changer le cours des choses, le baptême doit remplacer la prière de repentance comme indication de notre engagement envers le Christ et la formation de disciple doit mettre l’accent sur l’obéissance de la foi »[7]. Radical ou biblique ? Peut-être les deux. En effet, Paul n’a pas dit « [Jésus] s’est donné afin de racheter 100 % des pécheurs de toute iniquité, et de se faire un peuple avec 10 % d’entre eux qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes oeuvres ». À méditer…
[1] Tite 2.14.
[2] Alfredo Smith, The evangelist and a torn world : We are called by God, in The work of an evangelist. Minneapolis (USA) : World Wide Publications, 1983, p. 152 (trad. libre).
[3] ibid. p. 119.
[4] ibid. p. 119.
[5] ibid. p. 121.
[6] ibid. p. 123.
[7] ibid. p. 114.
B. Sur la forme
Quelles formes de prédications as-tu déjà testées dans ton Église ? – Daniel Coronès
La forme de prédication que j’encourage le plus dans l’Église locale est la prédication textuelle, c’est-à-dire l’exposé suivi d’un texte de l’Écriture prenant en compte le contexte et les intentions de l’auteur. En plus de respecter la Parole de Dieu dans sa transmission, sa globalité et sa structure, cette forme de prédication permet au prédicateur de ne pas faire un choix délibéré de versets bibliques extraits de leur contexte et en fonction de ses humeurs, de ses « dadas » et des problématiques rencontrées sur le moment dans son Église locale. La prédication textuelle permet aussi de ne pas contourner les versets difficiles de la Bible et les sujets qui dérangent. C’est à mon sens la forme qui permet le plus, non seulement la croissance de l’auditoire, mais aussi celle du prédicateur. Cette forme devrait correspondre à 85 % des prédications dans l’Église locale. Je cite le prédicateur Bryan Chappel :
« La présentation de la Bible lie le prédicateur et ses auditeurs à la seule source d’un changement spirituel authentique. Parce que les cœurs sont transformés lorsqu’ils sont confrontés à la Parole de Dieu, les prédicateurs « textuels » sont soucieux de dire ce que Dieu dit. Notre devoir n’est pas de transmettre notre opinion, les philosophies des autres, ou des méditations spéculatives […] Sans l’autorité de la Parole, la prédication devient une recherche incessante de sujets, de thérapies, et de techniques qui gagneront ou encourageront l’approbation des gens, l’avancée d’un consensus populaire ou la fin des soucis. La raison humaine, les préoccupations sociales, et les convictions morales personnelles deviennent l’appui d’une prédication qui marque alors la conviction historique que ce que l’Écriture dit, c’est Dieu qui le dit. »
La prédication textuelle est christocentrique. Toute l’Écriture est centrée sur Lui. À ma grande déception, il m’est arrivé d’entendre d’agréables prédications où la personne de Christ était absente.
Une prédication christocentrique revient à dire que l’on replace Dieu au cœur de la prédication[1]. Comme le souligne aussi J.M. Nicole : « L’on entend parfois, du haut de la chaire chrétienne, des exhortations qui auraient pu être exprimées par un Juif zélé ou par un musulman honnête, voire par un confucianiste vertueux ou un hindouiste bien intentionné. C’est affligeant. »
Effectivement, il est triste de passer à côté du message central de l’Écriture. Jésus lui-même était attristé de voir les spécialistes de l’Écriture qui, malgré leur érudition, ne voyaient pas que les textes conduisaient tous à Lui. En plus d’être textuelle, une prédication centrée sur Christ fait honneur à la Trinité divine. Nous ne pouvons trouver la communion avec le Consolateur si nous ne passons pas par le Fils. De même, Jésus est le chemin qui mène au Père. Honorer le Fils, c’est honorer le Père qui l’a envoyé.
Et concernant les 15 % restants… on peut alors envisager plus sereinement quelques prédications thématiques.
[1] cf. The Supremacy of God in Preaching, John Piper.
Les jeunes s’endorment quand on prêche, vrai ou faux ? – Saotra Rajaobelina
Vrai : Si la prédication ne fait aucun lien avec le vécu, le contexte, les problématiques des jeunes.
Charles Spurgeon aimait dire qu’il n’avait jamais entendu dire qu’une personne s’était endormie chez le notaire, au moment de recevoir la part de son héritage. Effectivement, les jeunes comme chacun, ont une tendance naturelle à ne pas s’endormir lorsque le sujet les intéresse. Nous croyons que la Bible traite des sujets les plus intéressants et importants au monde pour chaque être humain. Qu’il soit jeune ou non. Ainsi, faisons en sorte de le faire comprendre aux jeunes.
Vrai : si la prédication manque de dynamisme, d’effet de surprise, d’illustrations.
Génération de l’image, du zapping, des vidéos sur internet. À nous de savoir user à bon escient de ces moyens pour le partage de l’Évangile avec les jeunes. L’humour, le théâtre, les prédications en binôme, la musique sont autant de possibilités qui nous sont données pour rendre dynamique le message.
Vrai : si la prédication utilise un langage démodé pour les jeunes.
Chaque génération aime se démarquer avec un langage spécifique, des mots nouveaux, des expressions particulières. Sans forcément parler exactement de la même manière que les jeunes auxquels il s’adresse, le prédicateur devrait veiller à ne pas utiliser un langage jugé comme ancien par ses jeunes auditeurs. Cela créerait un fossé culturel inutile.
Vrai : si les jeunes discernent des clichés, des préjugés, un esprit de jugement sur leur génération un manque d’amour et de compréhension de la part du prédicateur.
Il est plus facile d’écouter une personne qui nous aime, qui s’adresse à nous avec compassion. Inutile de critiquer Facebook, les SMS, les blogs ou autres technologies lorsque l’on s’adresse aux jeunes. Il n’est pas bon de croire non plus qu’ils appartiennent à une génération pire que les générations devancières. Disons la vérité avec amour, condamnons fermement le péché sans condamner le pécheur.
Vrai : si la prédication n’est pas directe, franche, sincère. Pas besoin de prendre des détours, de tourner autour du pot, de prendre des pincettes. Les jeunes ont l’habitude de se parler directement entre eux, « de parler cash » comme ils disent. Ils sont assaillis de messages agressifs par les médias. Sans être agressif, n’hésitons pas à être direct, franc et sincère avec eux. Dénonçons ce qu’il faut dénoncer sans ambiguïté.
Faux : dans le cas contraire des points énoncés ci-dessus.
Cependant, n’oublions pas que la prédication n’est pas uniquement une question de forme. Elle nécessite avant tout une fidélité sans faille au texte biblique. Le but n’est pas de délivrer des prédications populaires auprès des jeunes. Mais lorsque le fond s’allie avec une forme adaptée, alors la pertinence du message éclate dans toute sa splendeur.