La conversion, c’est-à-dire le « [détournement] des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai[1] » est une démarche personnelle. Elle résulte d’une décision consciente et voulue. C’est l’individu qui, par la repentance et la foi, se tourne vers Dieu en acceptant le sacrifice de Jésus sur la croix. Il s’engage alors, à marcher « en nouveauté de vie[2] » à suivre son Seigneur. Il s’engage à vivre en disciple de Jésus-Christ. Il s’agit là, d’un choix personnel. La théologie du baptême de croyant illustre bien le fait que la décision est individuelle. Ainsi, nous pouvons dire que Jésus appelle des individus à marcher à sa suite.
Cependant, le projet de Dieu n’est pas seulement de sauver des individus isolés sans lien les uns avec les autres. Au contraire, Dieu désire « se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les œuvres bonnes.[3] » Actes 20.28 parle de « l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang ». 1 Corinthiens 12.13 précise que c’est « pour former un seul corps » que nous avons été baptisés. L’image de la famille est utilisée pour décrire l’ensemble des chrétiens[4]. La dimension communautaire est donc bien présente dans la Bible. Si c’est l’individu qui est appelé à suivre Christ, celui-ci s’intègre dans une nouvelle humanité, qui est l’Église. Son appel à suivre le Christ revêt également un aspect communautaire.
La communauté chrétienne, en tant que telle, est aussi appelée à suivre son maître. Le corps que forment les chrétiens doit se laisser conduire par la tête qui est Jésus[5].
C’est ainsi qu’au début du livre des Actes, grâce à la vie de la communauté, les croyants gagnent la faveur de tout le peuple[6].
L’apôtre Pierre donne une mission à la communauté des croyants : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde[7] ».
Ces versets sont intéressants à bien des égards : d’abord Pierre s’adresse à la communauté des chrétiens et pas seulement à des individus isolés. Ensuite, il utilise les mêmes termes qui désignaient la nation d’Israël[8]. Ainsi, l’Église est vue comme le peuple de Dieu de la nouvelle alliance. À ce titre, elle reprend la mission qu’avait Israël d’être la « vitrine » de Dieu sur la Terre, de bénir les nations[9].
Enfin, c’est une allusion claire à la mission de témoignage de l’Église. L’Église, corps du Christ, a pour mission d’annoncer les vertus de Dieu.
En quoi l’Église peut-elle être disciple du Christ ?
Nous avons déjà cité Tite 2.14 qui parle des « bonnes oeuvres ». L’Église est aussi le lieu où le disciple est accueilli, chemine, est enseigné, vit les dons de l’Esprit, apprend à servir et à aimer. C’est le lieu où se vit l’Évangile. En cela, l’Église se doit d’être disciple du Christ. L’Église doit être un lieu de relations d’amour, à tel point que les observateurs sont convaincus d’être en présence de disciples de Christ[10].
Pour ce qui est de suivre Christ dans l’évangélisation, d’« [annoncer] les vertus » de Dieu, l’Église a aussi un rôle à jouer. Il se décline en plusieurs facettes.
Premièrement, c’est elle qui accueille, accompagne la personne en recherche (1 Corinthiens 14.23 montre la présence de non-chrétiens lors des réunions d’Église).
Deuxièmement, l’Église a la mission d’envoyer des évangélistes (« Comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés ? », Romains 10.15). Il est du rôle des responsables d’Église de repérer les dons des disciples, de les équiper, et de les envoyer. L’évangéliste est solidaire de son Église et non solitaire.
Troisièmement, l’Église a pour mission de donner. Cela permet aux évangélistes de se consacrer pleinement à leur ministère. (En Actes 18, dès la venue de Silas et Timothée, « Paul se consacra entièrement à la Parole » (verset 5) car les deux compagnons ramenaient des finances).
Quatrièmement, l’Église a un rôle de prière. Elle prie pour le salut du monde et pour les missionnaires. Paul disait : « Lorsque vous priez, intercédez en même temps pour nous afin que Dieu nous donne des occasions d’annoncer sa Parole, de proclamer le secret de son plan qui concerne le Christ[11]. »
Cinquièmement, l’Église a pour mission de répandre l’Évangile. Ses membres sont encouragés à saisir les occasions de témoignage. Ils sont prêts à « papoter » l’Évangile autour d’eux. Notons qu’à l’origine de l’Église, en 300 ans, 10 à 15 % de l’empire romain est devenu chrétien, sans beaucoup d’envoyés professionnels. Cela était majoritairement dû au témoignage des membres des Églises.
Ainsi, l’appel à suivre Jésus-Christ est d’abord personnel, mais aussi communautaire. L’Église est disciple de Christ dans son rôle de témoignage, de réalisation d’œuvres bonnes, dans sa mission d’être une lumière. Elle prend particulièrement part au travail d’évangélisation du monde.
[1] 1 Thessaloniciens 1.9
[2] Romains 6.4
[3] Tite 2.14
[4] Éphésiens 2.19
[5] Colossiens 1.18
[6] Actes 2.47
[7] 1 Pierre 2.9-10
[8] voir Exode 19
[9] Genèse 12.3
[10] Jean 13.35, voir aussi Jean 17.21
[11] Colossiens 4.3