J’adresse toutes mes félicitations aux responsables de FE, actuels et passés, pour les 60 ans de FE. Un bel âge pour une association évangélique, d’autant qu’elle est en pleine progression. Vous avez su évoluer dans votre vision, votre mission et votre gouvernance. A l’image du corps qui s’adapte sans cesse à l’environnement.

En même temps, il me semble que FE souffre d’un déficit de repérage. Elle est peu connue en dehors du Réseau FEF. Même si certaines actions sont développées « dans l’esprit du CNEF ». Avez-vous fait connaître les changements opérés ? Il existe une certaine confusion entre le R2E, le Forum des évangélistes, FE, vos rencontres régionales. A vous d’envisager cela comme autant de chantiers d’avenir, peut-être que mes propos pourront y aider…

1° L’évolution du paysage évangélique (constat)

Si l’on respecte la chronologie, la grande évolution du paysage évangélique résulte de la naissance du CNEF.

Sur la base de demandes de pardon réciproques, les unions d’Églises se sont rapprochées, rendant ainsi un témoignage d’unité dans le respect de leurs différences. Le CNEF s’est fixé 4 missions dont l’une est la concertation. Des liens se sont tissés : au sein de son Comité Représentatif, au sein du bureau du CNEF. Mais ce sont plutôt des liens interpersonnels. C’est pourquoi l’Assemblée plénière du CNEF, au printemps 2013, s’est fixée un objectif prioritaire : développer les relations entre ses membres.

Avec pour déclinaison :

• développer la communion au plan local

• persévérer à établir de meilleures relations en interne, malgré la diversité

• mieux intégrer la diversité du monde évangélique, oser les débats

• développer le capital relationnel.

Des suggestions pratiques ont été faites : comme inviter les uns aux AG des autres, se concerter sur des sujets théologiques communs ou par des journées pour l’implantation ou les Communautés d’Apprentissage d’implanteurs (CAi) etc. Il devrait en résulter une meilleure connaissance qui suppose, une réflexion en interne et un travail propre à chaque Union.

La restructuration des Unions

Chacun des pôles d’Églises au sein du CNEF a dû mener sa propre réflexion. Celle-ci impliquait la mise en commun de moyens (d’abord techniques puis plus spirituels), la recherche d’une vision propre à l’union, voire ecclésiologique. Pour certaines, cela a signifié passer assez explicitement du congrégationalisme vers une organisation presbytéro-synodale. Enfin cette réflexion a poussé au repérage en leur sein de dons et compétences au bénéfice de toute l’Union.

Les liens entre les Églises et Œuvres

Le choix stratégique du CNEF dès le début a été que les Églises pilotent le monde protestant évangélique (MPE). Ainsi le positionnement entre les OEuvres et les Églises a évolué. J’en veux pour exemple le succès de PULSE avec Jeunesse Pour Christ. Les œuvres se perçoivent au service des Églises. Les propos dévalorisant sur les Églises qu’on entendait il y a encore 20 ans ont disparu. Une réflexion a été menée sur les relations Églises – Oeuvres qui a abouti à la rédaction d’une charte de déontologie adoptée en septembre dernier et intitulée Déclaration de Loisy.

La réorganisation du Pôle Œuvres du CNEF

Celui-ci se structure en départements qui eux-mêmes s’organisent grâce à l’ALE PEF (Association des Libraires et des Éditeurs Protestants Évangéliques Francophones) pour les éditeurs, FMEF (Fédération de Missions Évangéliques Francophones) pour les missions, qui se dotent chacun de personnel compétent, etc.

2° Les principes d’action du CNEF

Interdénominationel

Le CNEF fédère les Unions d’Églises autour d’objectifs, mais les actions sont menées librement par chaque Union, dans un souci de respect dénominationel.

Dans la pratique, certaines actions communes rencontrent leurs limites qui résultent de principes théologiquement seconds, mais qui ne sont évidemment pas neutres dans la pratique. C’est ainsi pour le moment.

Recherche de cohérence

À l’image du corps, image biblique, qui ne présente pas d’incohérences dans la communication comme dans l’action, ce que proposent les Unions ou les OEuvres, doit aller dans le sens de la complémentarité plutôt que dans la réplique de nombreux doublons comme par exemple la formation.

Recherche d’efficacité

J’ose parler d’efficacité. Souvent j’entends des plaintes : – Nous n’avons pas beaucoup d’argent dans le monde évangélique… pas beaucoup de moyens… pas beaucoup de pasteurs… En même temps ces ressources sont souvent utilisées de manière inefficace. Notamment par les doublons. Je pense qu’il est nécessaire, que pour les 600 000 évangéliques que nous avons en France, de ne pas gaspiller les moyens que Dieu nous donne et de travailler à l’efficacité.

Trouver l’équilibre entre efficacité et créativité

Il faut faire de la place aux idées, encourager l’appel de Dieu. Mais pour chaque appel faut-il créer automatiquement une nouvelle association ? À la française ?

Le regroupement de compétences autour du ministère d’évangéliste FE est pertinent. Rien n’empêche d’aller plus loin au sein du CNEF, de mutualiser, surtout la réflexion au travers des différentes commissions qui peuvent synthétiser la vision des Églises et des OEuvres, au travers des départements du Pôle OEuvres, afin de dégager des synergies sur des sujets particuliers. Par exemple : comment évangéliser dans les quartiers des grandes villes ?

3° La place de FE

Les interlocuteurs privilégiés de FE sont les Unions d’Églises avant même les Églises locales. C’est un passage obligé aujourd’hui.

Mon conseil pour FE : créez une relation de confiance avec les responsables des Unions d’Églises. C’est, à mon sens, plus efficace de rencontrer des pastorales dénominationnelles pour se présenter. Certaines sont plus réceptives que d’autres. Plusieurs sont dans une dynamique d’ouverture et plusieurs pourraient être intéressées par les compétences de FE. Je crois que créer des relations de confiance avec des Unions d’Églises serait intéressant pour FE.

Un exemple : les projets comme Pulse ou Bouge Ta Ville, réalisés dans l’esprit du CNEF sous la conduite de Jeunesse Pour Christ (JPC). Ils résultent d’un long travail préalable avec toutes les Églises, au point qu’on en oublie que JPC appartient plutôt au Réseau-FEF ! JPC a changé sa manière de faire. Ils travaillent en amont. Ils sont à l’écoute des Églises et s’adaptent à leur contexte local.

Vous devriez aborder les Unions d’Églises avec cette question : Quels sont vos besoins ? J’entends souvent des oeuvres dire : – Nous sommes au service de l’Église ! C’est très bien. Au moins l’œuvre ne travaille pas pour elle-même ! Mais cela me fait penser à une histoire. Un vieux paysan livrait avec son tracteur sa petite remorque d’avoine. Or plus personne ne cultivait d’avoine dans la région. Il se lamentait :

— Mais pourquoi vous n’achetez pas mon avoine ? Normalement une coopérative agricole doit acheter tout ce que produisent les agriculteurs. Le directeur de la coopérative n’arrivait pas à lui faire comprendre qu’il ne pouvait pas acheter une petite remorque d’avoine. Il lui fallait… de quoi remplir un train ! Et l’autre disait :

— Mais pourquoi n’achetez pas mon avoine ? Elle est bonne mon avoine !

Certaines oeuvres sont comme ça. J’ai un bon produit et je suis au service de l’Église. Et vous êtes vraiment méchants de ne pas me l’acheter. Elles proposent ce qui se faisait il y a trente ans, elles n’ont pas su faire évoluer leur service et répètent : – Nous sommes au service de l’Église. Je pense que le réseau d’évangélistes que FE a su créer est capable de s’adapter aux besoins sans imposer du « tout prêt », en disant : – vous prenez ça ou rien ! Cette démarche d’écoute est importante.

Selon moi, le besoin d’intervention le plus urgent, concerne la proclamation de l’Évangile. Il y a de la place pour l’intervention de spécialistes, d’experts. Nous manquons d’experts dans le monde évangélique. Le sociologue S. Fath a écrit : « Entre le monde réformé et le monde évangélique c’était un peu E. T. et les dinosaures. E. T. a une grosse tête comme les réformés qui ont beaucoup d’intellectuels, mais peu de gens dans leurs églises : un petit corps. Les évangéliques ont une petite tête mais un gros corps. Je prie pour qu’il y ait plus de gens dans les églises réformées mais pour que les évangéliques aient aussi une plus grosse tête. Nous manquons de capacités intellectuelles profondes. »

Nous avons besoin, et je prie Dieu, pour que petit à petit se lèvent des chrétiens capables dans plusieurs domaines, pas forcément des grands intellectuels, mais des experts dans différents domaines.

Les Unions d’Églises cherchent elles aussi des experts qui puissent les aider et favoriser la mutualisation.

N’hésitez pas, là je m’adresse aux évangélistes de France Évangélisation, à travailler comme des spécialistes, dans un domaine ou l’autre pour toucher certaines populations, dans le domaine apologétique, artistique. Il est important, que vous puissiez aider des évangélistes généralistes dans les Unions d’Églises, mais aussi que vous soyez en mesure d’apporter votre contribution dans des discussions de plus haut niveau.

Je discerne également un besoin d’accompagnement. J’insiste. Je n’utiliserai pas le mot de coaching qui fait peur aux Unions d’Églises. Cependant les Églises ont besoin d’être accompagnées dans leurs projets d’évangélisation bien en amont et sur le long terme. Afin que ceux-ci ne soient pas seulement un évènement auquel l’évangéliste proclamateur va participer.

Je pense aussi à l’accompagnement des évangélistes repérés comme tels par les Églises ou les Unions. FE devrait encourager ce repérage et être un appui pour ces personnes qui ne demandent qu’une chose : être accompagnées. Une bonne manière de faire est d’encourager le partage d’expériences.

Conclusion

Je reprendrai l’image du corps. L’organe lui-même est important du fait de sa fonction propre. L’évangéliste est, dans sa fonction, un organe. Mais celui-ci est toujours relié au corps. Tous les organes sont reliés à un autre. C’est sur ces relations utiles pour les autres que je voudrais insister. Votre cœur de mission est l’évangélisation. Comment pouvez vous être utiles, dans la relation avec les autres, pour aider d’autres oeuvres, d’autres Unions d’Églises en trouvant les formes d’accompagnement ?

Il me semble qu’à travers cette question : « Comment FE pourrait aider les Églises à identifier leurs propres capacités, les aider à identifier de jeunes compétences, leur permettre de grandir elles-mêmes à aider d’autres ? » Votre oeuvre découvrira le rôle qu’elle doit jouer dans la multiplication, dans la croissance du corps de Christ. Afin que nos concitoyens rencontrent Christ.

Clément Diedrichs, directeur du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF)