Évangéliser pour un impact global nous renvoie à deux réalités :

La première est liée aux dernières paroles de notre Seigneur avant son ascension : « Allez et faites de toutes les nations des disciples » ou encore «… et vous serez mes témoins à Jérusalem, en Judée, en Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre… ». Ainsi, nous ne devons pas confiner notre réflexion sur l’évangélisation de notre seule localité, voire de la France, mais bien à toutes les nations.

La deuxième nous amène à réfléchir sur l’impact de l’Évangile dans chaque sphère de la société. Son impact ne doit pas se limiter à tel ou tel domaine mais pénétrer profondément la culture dans laquelle nous vivons. Là est un autre défi.

Examinons donc ces deux points :

1) Évangéliser pour produire un impact dans toutes les nations

Notre monde ne cesse de changer. L’autre bout de la planète est devenu proche de nous. Alors qu’Hudson Taylor mit cinq mois pour aller en Chine en 1853, nous pouvons effectuer le même voyage aujourd’hui en un peu plus de 15 heures !

Autre constat : en observant les déplacements de population dans le monde, on constate à quel point la France accueille des personnes issues de toutes les nations. Nations dans lesquelles parfois, il est très compliqué d’annoncer l’Évangile :

• Il réside à Marseille davantage de Comoriens qu’à Moroni, la capitale des Comores. Les Comores ont longtemps été une République islamique.

• 288 000 étudiants étrangers sont venus en France pour l’année scolaire 2013-2014, faisant de la France le troisième pays d’accueil des étudiants étrangers.

• Les chantiers de grands centres commerciaux ou de gare en France voient en majorité des nord africains, des turcs et des européens de l’Est y travailler.

Dieu n’est-il pas souverain dans ces déplacements de population ? Ne nous appelle-t-il pas à atteindre ces représentants des nations qui pourront à leur tour être en mission auprès des leurs ? Personnellement, j’en ai la conviction profonde. C’est ainsi que depuis 2 ans à Nantes nous avons lancé l’association « Un cœur pour le monde » (CPLM) qui accueille et évangélise les étudiants étrangers. Nous avons récemment eu la joie de voir ces dernières semaines un indien, puis un chinois prier pour recevoir Christ.

Cette réalité nous interpelle aussi sur notre façon de former à l’évangélisation. Par exemple, notre apologétique est souvent pensée pour un monde en voie de sécularisation. Or, en 2020, la moitié des étudiants du monde entier sera soit indien, soit chinois. Ces élites influenceront forcément la pensée mondiale. Interrogeons nous donc sur la meilleure manière d’apporter l’Évangile en tenant compte de ces nouvelles données.

Il est regrettable de penser que développer une réflexion sur l’évangélisation des nations aurait pour effet de diminuer notre implication au niveau de l’évangélisation locale. Avec CPLM, nous faisons le constat inverse. Nous organisons régulièrement de grandes soirées pour étudiants étrangers où des centaines d’étudiants non-chrétiens du monde entier nous rejoignent. Clin d’œil de Dieu : des étudiants français non-croyants sont attirés par ces soirées et écoutent l’Évangile ! Pas sûr qu’ils seraient venus sur une soirée d’évangélisation classique conçue pour eux.

En outre, on perçoit parmi les nations évangélisées par des missionnaires français, un zèle pour l’évangélisation de la France. En témoigne ces Églises ethniques qui clament avoir un désir d’atteindre les français. Si certaines d’entres elles doivent réfléchir à prendre davantage en compte la culture française dans leur évangélisation, elles ont un avantage sur un autre point. Elles n’ont pas intériorisées les principes de laïcité ni le fait qu’il est inconvenant de parler religion en France. On constate donc une audace particulière. Il convient de voir comment collaborer, aider à une meilleure lecture culturelle mais profiter aussi de cette audace naturelle.

2) Évangéliser pour produire un impact dans chaque sphère de la société

L’Évangile a la prétention de toucher toutes les sphères de la société. Jésus désire être le Seigneur de tout ! Or parfois, notre évangélisation vise uniquement des conversions sans chercher la transformation profonde de la société. L’Église doit avoir une vision globale de son rôle dans la société. En conséquence, elle a pour responsabilité d’encourager et d’équiper les chrétiens dans chacune de leurs sphères d’influence. Récemment, je m’entretenais avec un professeur de collège. Il était découragé par le peu d’impact qu’il pouvait avoir dans son métier en tant que chrétien : « Ma marge de manœuvre est très faible. Mon problème est que je dois appliquer un programme et une pédagogie que je n’ai pas choisis et qui va parfois contre mes idéaux évangéliques. J’ai donc envie de ne plus enseigner dans un collège public mais de réfléchir à l’enseignement privé évangélique. » Sa réflexion est loin d’être impertinente, et son découragement compréhensible. Cependant ma question est la suivante : y’a-t-il des chrétiens parmi les pédagogues et ceux qui conçoivent les programmes scolaires ?

La mission Empart, pour laquelle je travaille pour une partie de mon temps, oeuvre dans le Nord de l’Inde. Là-bas le système de caste engendré par la religion hindoue produit des injustices et inégalités insupportables. Evidemment, lorsque des personnes deviennent croyantes, elles comprennent qu’elles sont créées à l’image de Dieu et qu’ainsi un homme n’a pas plus de valeur qu’un autre. Cependant, si dans un travail de discipulat cette réalité s’ancre dans la mentalité du croyant, au niveau sociétal il est difficile de vivre cette réalité. Du coup, Empart s’est engagé à former des personnes pour passer un concours au niveau de la haute administration publique. En relation avec les hommes de lois, ces personnes pourront influencer avec les valeurs de l’Évangile et nous espérons voir des changements dans la société à long terme.

N’est-ce pas un exemple pour nous en France, pour être davantage intentionnels afin que les valeurs de l’Évangile traversent la société ?

Concluons en nous remémorant la valeur de notre Évangile. Il est digne d’être entendu par toute personne venant sur cette terre. Il est appelé à transformer l’ensemble de la société en pénétrant dans chacune de ses sphères.

Saotra Rajaobelina