Leçons et défis de Cape Town 2010 : Troisième congrès de Lausanne pour l’évangélisation du monde (II)
Si une phrase devait résumer tout ce que j’ai reçu lors de ce congrès, je me contenterais de citer le verset qui en fut le thème : Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même[1] !
Je suis plus que jamais convaincu que « penser l’évangélisation » ne peut se faire qu’au travers de cette grande vérité qu’est la doctrine de l’incarnation. Christ est le grand évangéliste, il est le grand missionnaire ! Et si l’Église entière (corps de Christ), montre l’Évangile entier (Vérité de Christ), au monde entier, c’est d’abord parce que Christ en personne s’est abaissé jusqu’à nous, pour se montrer à nous et nous réconcilier avec lui.
Il nous a réconciliés et il nous donne le ministère de la réconciliation, comme le père l’a envoyé, il nous envoie. La doctrine de l’incarnation est le fondement de la mission parce qu’elle nous montre Dieu en mission. Et je voudrais souligner 5 points retenus de Cape Town et qui découlent de cette doctrine de l’incarnation.
[1] 2 Cor. 5.19
1. Redécouvrir un Évangile holistique
La doctrine de l’incarnation nous rappelle que Dieu ne nous a pas envoyé un traité de doctrine, mais qu’il est venu en chair et en os dans la personne de Christ. Il ne s’est pas contenté de prêcher la vérité, il était la Vérité dans tout son être. Trop souvent nous avons réduit la bonne nouvelle du royaume au seul message du salut. Et si nous avons gardé une doctrine juste, qu’en est-il de notre pratique ? Notre foi ne peut se résumer à une série de vérités que nous nous contentons de croire et de dispenser. C’est toute notre vie qui doit être impactée par l’Évangile et le laisser transparaître dans le monde entier.
2. Manifester le caractère de Christ dans l’Église
L’Évangile intégral que Christ nous appelle à croire et vivre doit d’abord se manifester dans l’Église, qui est son corps, le reflet de sa gloire. Le dépouillement de Christ jusqu’à la mort devrait nous montrer quelle est la réponse de l’Évangile aux deux plus grandes idoles de notre temps que sont le matérialisme et le sécularisme. Christ s’est dépouillé de toute sa gloire pour mener une vie simple où sa vraie richesse fut le royaume de Dieu. Comment pouvons-nous expliquer que des chrétiens d’Éthiopie vendent leurs pantalons et sautent un repas par jour pour envoyer des missionnaires, pendant que nous ne parvenons pas à nous débarrasser de notre superflu ? Une grande partie de la réponse se trouve dans leur compréhension du dépouillement de Christ, pour aller sauver l’homme. Comment expliquons-nous que, sortis de l’Église, nous n’osons pas parler de notre foi, alors que les chrétiens des pays musulmans bravent les lois sur l’apostasie et la peine de mort pour parler de Christ ? Là encore, parce qu’ils réalisent que Christ a considéré la vie des brebis perdues comme plus importante que la sienne.
3. Réintégrer la souffrance dans notre Évangile
La doctrine de l’incarnation nous rappelle également que Christ s’est fait homme pour souffrir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. Comme l’a rappelé le congrès de Cape Town, Dieu est glorifié lorsque les chrétiens sont prêts à souffrir pour la cause de Christ. Cela montre, devant les hommes et devant les puissances, que nous préférons le royaume de Dieu, à notre confort, notre santé et même notre vie. Christ a souffert pour nous nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces.
4. Repenser l’évangélisation pour le 21e siècle
La doctrine de l’incarnation nous rappelle que Christ s’est incarné dans une culture. Le monde du 21e siècle n’est plus celui du 20e siècle. Les 50 dernières années ont vu des changements considérables se produire. Nous sommes passés de l’ère moderne à l’ère postmoderne, de l’ère du savoir et de la raison à l’ère de l’expérience et des sensations. Si le premier monde duquel la Réforme et nos Églises sont issues nous a permis de susciter la réaction simplement en parlant de la vérité de Christ, force est de constater que le second ne nous renvoie que l’indifférence. Dès lors que nos contemporains ne veulent plus raisonner au nom du relativisme ambiant mais expérimenter, il ne suffit plus de leur parler de la vérité mais de la leur montrer par nos vies de sorte qu’ils puissent l’expérimenter à leur tour. Dans tous ses gestes et attitudes Christ a montré un avant-goût du royaume de Dieu. Comment pouvons-nous manifester le royaume de Dieu face aux problèmes de notre temps ? Comment notre Évangile répond-il aux problèmes de la pauvreté, du chômage, du logement, de l’immigration, de la ghettoïsation des banlieues, de la violence urbaine, de la drogue, de la prostitution, du SIDA ? L’Évangile a-t-il une réponse à offrir à notre société matérialiste et séculière ? Comment Jésus manifesterait-il le Royaume de Dieu dans notre contexte ? Il est urgent que les chrétiens incarnent les principes du Royaume de Dieu dans toutes les sphères de la société qu’ils fréquentent. Cela coûte, mais il en va de la crédibilité de l’Évangile et de la nôtre.
5. Finir la tâche
Enfin la doctrine de l’incarnation nous rappelle que Dieu à tout laisser pour aller chercher ceux qui étaient perdus. Il y a encore des brebis qui ne sont pas encore dans la bergerie. Dieu veut les chercher. Le Dieu missionnaire ne peut se réjouir pleinement tant que subsiste des brebis perdues parmi des peuples que l’Église n’a pas encore atteints. La doctrine de l’incarnation doit nous inciter à avoir un cœur comme celui de Dieu pour les âmes qui meurent faute de connaître la Vérité. Il est crucial que l’Église incarne l’Évangile auprès des 86 % de musulmans, d’hindous, de bouddhistes qui n’ont personne pour leur dire que Dieu les aime. Sommes-nous prêts, sur les traces de notre maître, à nous investir dans cette tâche ?
Réfléchissons à tout ce qu’implique la venue de Christ dans le monde. Repentons nous d’avoir trop souvent porté le nom de Christ, en l’incarnant si peu. Demandons à Dieu de nous montrer comment nous pouvons suivre ses traces pour accomplir le ministère de la réconciliation !
Philippe Monnery