L’Évangile est un plein pardon pour le passé et une nouvelle vie pour aujourd’hui. Le sang de Christ nous a libéré de la condamnation du péché et, grâce à la présence du Saint-Esprit en nous, nous pouvons résister à la puissance du péché. Si nous tombons, nous pouvons confesser nos péchés et avoir l’assurance que son sang suffit pour que nous soyons purifiés de toute iniquité.

En tant que chrétiens nous jouissons déjà de privilèges réservés aux enfants de Dieu et nous sommes invités à demander sans hésiter à notre Père qui donne de bonnes choses à ses enfants. Néanmoins, ces privilèges ne doivent pas nous faire oublier que le gros lot est encore à venir. L’Évangile est aussi une espérance pour demain.

Si le royaume de Dieu nous est acquis, il n’est pas encore pleinement manifesté. Cette tension nous pousse à nous confier en Dieu sur la base de ce qu’il nous a déjà donné. Mais elle nous rappelle aussi que toutes nos attentes ne sont pas encore comblées. Comme le dit Paul, à la manière de la création, « Nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. Car c’est en espérance que nous avons été sauvés. »[1]

L’épître aux Hébreux va dans le même sens : si nous voyons déjà Jésus « couronné de gloire et d’honneur, à cause de la mort qu’il a soufferte », nous ne voyons « pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises. »[2] La victoire est inévitable, mais le règne est contesté.

Dès lors, nous devrions prendre garde à ceux qui nous annoncent un Évangile où le chrétien est invité à régner dès maintenant ou qui, au nom d’un règne déjà établi, présentent leurs églises comme des communautés où « l’amour de Dieu transforme les gens ordinaires en champions. »

L’apôtre Paul reprenait les corinthiens qui s’adonnaient à de tels discours : « Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner ! ». Sa situation contrastait totalement avec de tels discours.[3]

Jésus lui-même a déclaré que son royaume n’était pas de ce monde. Pourtant, nombreux étaient ceux qui auraient voulu régner avec lui ici-bas. Lorsque les foules rassasiées voulaient le faire roi, Jésus s’en alla. Il n’était pas celui qu’elles cherchaient.

Les foules voulaient d’un roi qui comblerait leurs désirs : le pain en abondance, la guérison à volonté… l’ordinateur, la voiture, la maison, la santé, la richesse tant qu’on y est. Un roi qui viendrait dire oui à tous les désirs de notre cœur charnel et nous établirait avec lui dans son règne sur ce monde.

N’est-ce pas le propre de l’homme que de se chercher un roi selon son cœur ? Jésus, lui a mieux à faire que de répondre à nos désirs charnels. Il veut éveiller en nous un nouveau désir. Un désir pour lui. Il ne veut pas être celui qui donne le pain mais celui qui est notre pain.

L’horreur de l’évangile de prospérité, car c’est de dont il s’agit, c’est que Christ devient un roi à notre image au lieu que nous devenions des disciples transformés à son image. Dieu veut faire de nous des citoyens du royaume à l’image de leur roi et pour cela il nous invite non pas à régner ici bas, mais à renoncer à nous même, à se charger de notre croix et à suivre Jésus le roi.

Si le chrétien jouit déjà d’un avant goût du royaume, il se rappelle que c’est en espérance qu’il est sauvé. A l’image de son Seigneur, il est prêt à endurer les souffrance du temps présent en vue de la gloire à venir.

Lorsque nous proclamons ou partageons l’Évangile nous devons prendre garde à ne pas « tromper sur la marchandise ». L’Évangile est un appel à vivre parce qu’il est d’abord un appel à mourir. Pour que Christ devienne roi, il faut que je cesse d’être le roi. Je dois mourir et c’est alors que je peux vivre en lui. Cela passe par la souffrance et par le brisement comme Christ l’a vécu, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces.[4]

Cette parole est dure. Trop dure pour beaucoup. Comme au temps de Jésus, nombreux la refuserons. D’autres suivront pour un temps puis laisseront tomber. Ne cherchons pas à les retenir avec un « évangile » plus glorieux pour la chair mais véritable cancer pour l’âme.

Là où beaucoup s’en iront en rejetant l’appel du maître, les véritables disciples continuerons à dire : « Seigneur, à qui d’autres irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ! »


[1] Rm 8.23-24

[2] Hé 2.8-9

[3] 1 Co 4.8-13

[4] 1 Pi 2.21

Philippe Monnery