Trois études données par Roy King lors de la convention de FE d’août 2019, adaptées à partir des enregistrements par Alain Stamp.

En 1979, Pandora et moi étions mariés depuis une année et débutions notre ministère avec Campus pour Christ, quand nous avons écouté des prédications de Donald Dunn. Une série intitulée, « Ces étranges ministres ! ». Ces étranges ministres des ténèbres, ces étranges ministres de nos échecs, ces étranges ministres de la discipline, ces étranges ministres de la solitude… Cela fait 40 ans que je travaille ce thème. Nous allons examiner le rôle ces étranges ministres qui s’invitent dans nos vies parfois, pour longtemps. Vous allez découvrir qu’il en est souvent question dans la Bible, presque à toutes les pages de l’Écriture. Dans les deux épîtres aux Corinthiens, Paul évoque largement ces étranges ministres.

Quelques éléments de contextualisation à propos de Corinthe. Il y avait dans la ville des temples dédiés à toutes les divinités. Un commerce florissant lié au monde occulte. Des sectes vendaient leurs services. Le culte de l’enfant romain dominait. César se proclamait fils de Dieu. Le pluralisme était la norme. Les chrétiens et les juifs dénotaient, eux qui adoraient un Dieu unique. Quand les communautés chrétiennes ont commencé à émerger elles étaient cependant très différentes des communautés juives dont le rituel était plutôt éloigné de la vie quotidienne. Les Corinthiens considéraient les communautés juives étanches à la vie de la cité. Paul a séjourné à Corinthe dix-huit mois pour implanter l’Église. Mais les Corinthiens ne savaient pas quoi faire avec ses nouveaux convertis qui se comportaient plutôt comme des Corinthiens. Ceci provoquait des tensions internes à l’Église, entre ceux qui étaient d’arrière-plan juif et ceux qui étaient d’arrière-plan païen.

Ces tensions existent dans l’Église aujourd’hui. Comment peut-on être dans le monde sans être du monde ? À quoi ressemblent ces étranges ministres. Ça peut être une personne, un événement, des circonstances particulières… que la main souveraine de Dieu permet de toucher notre vie. Il les utilisera pour notre bien. Même si l’expérience est douloureuse ou difficile.

Paul appelle les Corinthiens « saints », eux qui ont été sanctifiés par Jésus-Christ[1]. Paul englobe les chrétiens du monde entier. Ce qui explique que ces lettres aient largement circulé à l’époque, et que leur enseignement soit applicable à travers les générations. Paul est à Éphèse, il reçoit la visite de gens de Corinthe qui lui font un rapport sur ce qui se passe dans l’Église. Les responsables, dépassés par les problèmes internes, ont fait appel à Paul. Il est légitime que des leaders appellent à l’aide. Ce qui explique que Paul sera assez direct avec eux. Paul utilise ces deux lettres pour interpeller les autres Églises qui ne se posent pas forcément les questions qu’elles devraient.

L’étrange ministre de la division ou du manque d’unité[2]

L’esprit de division ou de compétition a pour fruit les querelles. Elles puisent leurs racines dans l’immaturité de l’Église[3]. Paul leur dit qu’ils sont des enfants. Se revendiquer de Paul ou d’Apollos, est typiquement un problème d’immaturité. Ce que l’apôtre dénonce c’est la rhétorique qui différencie le « eux » et le « nous ». Ce n’est pas la même chose de dire nous avons un problème que de dire vous êtes le problème. Même dans la prière. Pouvons-nous nous identifier comme Moïse au peuple et dire le problème c’est « nous » ou dénoncer le problème chez les autres. Pourquoi Dieu permet-il que des frères et sœurs avec qui nous avons des tensions, ou des divergences d’opinons, fassent parti de la famille de Dieu ? N’ont-ils pas tous quelque chose à nous apprendre ? Même si leur point de vue « pique » un peu parfois ? Est-ce que je peux aimer mon frère avec qui j’ai des divergences sur certains points théologiques, comme Christ l’aime ? Avant de réagir sur ce qui nous divise, puis-je dire dans mon cœur : je vois Christ au travers de lui, je le vois poser ses mains sur ses épaules et lui dire : « Je suis mort pour toi, tu fais partie de l’épouse. » Qu’est ce que ce frère peut m’apporter ?

En survolant cette épître le Seigneur veut faire une oeuvre intérieure en vous. Et faire remonter certaines choses à la surface qui réclament son intervention ou une guérison particulière, spirituelle, physique ou émotionnelle. Le Nouveau Testament montre qu’il existe deux types de grâce, une grâce particulière qui guérit, et une grâce qui nous permet d’endurer la souffrance. Paul lui-même semble hésiter pour lui-même entre cette grâce pour la guérison ou la grâce pour l’endurance.

Il prie trois fois pour que cette épine dans la chair lui soit enlevée. Et le Seigneur lui répond qu’il va lui accorder la grâce de l’endurance. C’est dans la faiblesse que la grâce divine va se manifester. J’y reviendrai. La grâce a de multiples expressions : elle peut se manifester au travers de charismes, de bénédictions matérielles, spirituelles, de la guérison, mais aussi de l’endurance. Cette grâce particulière de pouvoir continuer dans la persécution ou la souffrance. Toutes ces grâces sont pour la gloire de Dieu. L’Écriture nous donne cette liberté de nous approcher de Dieu en lui disant ; « Quelle que soit la grâce que tu m’accordes, je veux la recevoir. À toi la gloire ! »

La tension entre l’amour et la connaissance

Paul dira : « Vous vous assemblez non pas pour devenir meilleur mais pour devenir pire ! [4]» Ce deuxième étrange ministre est une forme de division. Le manque d’unité qui a ses racines dans un manque d’amour. Paul insiste sur la nécessité de renoncer à ses droits pour valoriser l’autre. Le problème naît quand nous voulons faire d’un problème théologique secondaire un problème majeur. Paul recentre sur « Christ seul ». Dans les épîtres aux Romains et aux Galates, Paul va lutter pour préserver le cœur de l’Évangile. Dans celles aux Corinthiens il explique comment traiter ces aspects théologiques secondaires. Il souligne qu’il subsistera toujours une tension entre l’amour et la connaissance, une tension qu’il faut accepter, sachant que la connaissance enfle mais l’amour édifie. L’amour sera toujours plus fort que la connaissance. C’est un avertissement pour nous évangéliques, qui nous réclamons du Livre. Il ne faut pas que cette Parole devienne un marteau. Il y a plusieurs thèmes parmi ces sujets secondaires que nous pouvons utiliser pour nous « piquer » les uns les autres. Chapitre 8 : 1 à 13 c’est la question des restrictions alimentaires. Au chapitre 9 : 1 à 27, c’est l’étrange ministre des questions liées au soutien financier. Paul renonce à son droit légitime au soutien afin de ne pas poser de problème à l’immaturité de l’Église de Corinthe. Au chapitre 10, Paul évoque l’étrange ministre que constitue la question des pratiques occultes, divinatoires, qui se mélangent au culte. Dans les versets 12 et 13, l’apôtre parle de la tentation d’une manière générique. Au verset 14 il souligne le véritable enjeu, le véritable danger : d’un côté tolérer des idoles et de l’autre adorer Christ. Le verset 20 est un avertissement très clair. Les conséquences qu’il en tire sont limpides : L’amour pour les autres doit dicter notre conduite[5]. Il précise sa volonté de ne choquer personne et de considérer les intérêts de tous[6]. Dans ce contexte Paul admet que les choses sont plutôt chaotiques : comment se comporter ? De même pour nous : À quelle réunion participer ? Comment s’habiller ? Quel film regarder ? Est-ce que cela va contrarier mes plans ? La réponse de Paul est de ne pas mettre en avant ses droits, de ne pas être conduit par sa connaissance, mais être inspiré par l’amour pour les autres. L’application de ce principe n’est pas simple. Plus l’Église est globalisée, plus cela complique la situation.

Le port du voile[7]

Cette question était devenue problématique dans l’Église. Pourtant les femmes pouvaient prier et prophétiser dans l’Église primitive, comme le montre Actes 2. Contrairement à la tradition juive où les femmes devaient se taire. Paul rappelle que l’homme et la femme sont donnés l’un à l’autre pour être une aide mutuelle. Il considère qu’une femme voilée pour prier est une pratique qui conserve l’unité dans l’Église[8]. Il ne veut pas développer davantage ce qu’il considère comme un point secondaire[9]. « Nous avons cette pratique et elle garantit l’unité de l’Église ». La difficulté est qu’il n’y a pas de réponse claire à cette question et que subsiste une certaine tension.

Le repas du Seigneur[10]

Paul stigmatise ceux qui ont les moyens financiers dans la communauté et ne tiennent pas compte des autres. Paul formule un appel à la solidarité financière. Ce passage développe des principes qu’il serait utile de revisiter aujourd’hui. Il semble plus difficile aujourd’hui de parvenir à une certaine solidarité économique dans une Église, que de progresser vers l’unité culturelle ou ethnique.

Les dons spirituels[11]

L’apôtre souligne que cette question est un étrange ministre qui alimente la discorde et le jugement. « Moi j’ai ce don et toi tu ne l’as pas ! » Paul cherche à revenir à l’essentiel : pourquoi Dieu donne-t-il des dons à l’Église ? Pour que l’Église puisse bien fonctionner et soit complète. Que nous soyons complémentaires les uns des autres. Personne n’a tous les dons à lui seul. Le chapitre 13, qui est coincé entre le 12 et le 14 qui traitent des dons spirituels, souligne bien que quel que soit le don, nous devons nous apprendre à nous aimer les uns les autres.

Tous ces étranges ministres auxquels doivent faire face les Corinthiens, contribuent à leur maturité et à leur apprentissage de l’amour à l’exemple de Christ. Paul précise pour les « autres sujets nous en parlerons quand je viendrai[12] » Face à tous ces étranges ministres que sont ces questions secondaires, chacun prétend avoir des droits, les revendique, mais il suggère de les mettre de côté, d’y renoncer… au profit de l’amour.

Le sexe et l’argent…

Paul aborde la question des relations inconvenantes, de la promiscuité sexuelle et des conflits entre les chrétiens dans les chapitres 5 et 6. Des problématiques tellement importantes qu’il y reviendra dans la seconde épître. Paul développe un principe[13]. « Rappelez-vous que vous étiez enfoncés dans le péché ; la sexualité dévoyée, l’immoralité, la cupidité, etc. » l’Église devrait être la première à aimer ceux qui ont besoin d’être libérés des addictions. « Au sein de la communauté, vous devriez vous aimer et vous encourager à la pureté. Hors de l’Église il n’est pas surprenant que les païens soient des païens. Mais dans l’Église, c’est la sainteté que vous devez rechercher ». Il semble bien que l’Église applique le principe inverse : elle se lamente sur le degré de perversion de la culture ambiante, sur sa sécularisation, alors que Paul souligne que nous tolérons les mêmes péchés au sein de l’Église sans que cela pose trop de problèmes… Nous nous révoltons contre les abus sexuels qui s’étalent dans les journaux, sans nous indigner sur ce que l’Église a couvert durant toute l’histoire et encore aujourd’hui ! Trop souvent l’Église a été dans le déni face à son péché, jusqu’à ce que les projecteurs se retournent contre elle. Paul dit en quelque sorte : « Nous qui critiquons les péchés du dehors devrions être les premiers à les traiter de manière radicale lorsqu’ils touchent l’Église. » Comment traiter les questions qui appelle discipline avec grâce et vérité, en faisant place à la restauration ? Les questions de corruption financière ont leur place parmi ces étranges ministres qu’examine l’apôtre. Paul dit en substance : « Résolvez vos différents financiers entre vous et ne les amenez pas devant la justice. »

Nous avons examiné la première épître du point de vue de Paul, du point de vue d’un leader qui explique ce qui se produit au sein de l’Église. Dans la seconde épître, qui révèle sept étranges ministres, changement de point de vue. Plaçons-nous dans la peau de Paul évangéliste et implanteur d’Église. Pour comprendre comment son ministère parmi les Corinthiens l’influence lui. Paul va se montrer transparent.

L’étrange ministre des afflictions[14]

Paul utilise un terme grec générique applicable à toutes sortes d’afflictions, dans différents domaines de la vie. Dieu dans sa souveraineté permet que nous soyons affligés, afin que nous puissions expérimenter sa consolation au sein même des embarras. De façon à ce que, consolés nous-mêmes, nous puissions, à notre tour consoler ceux qui passent par les mêmes difficultés. En 2011 j’ai fait une réaction allergique violente à un médicament que je prenais depuis quatre ans. Je suis resté en réanimation huit jours. J’ai bénéficié d’un arrêt de travail de six mois. J’ai dû passer par une rééducation. Je ne pouvais plus ni voyager ni travailler au rythme habituel. J’ai appris beaucoup de leçons à cette occasion. Paul souligne que nous pouvons consoler à la mesure où nous l’avons été nous-mêmes. Avant cet accident je pouvais dire à ceux qui étaient en soins intensifs : « Dieu est avec toi ! » C’était vrai. Mais j’ai expérimenté personnellement et profondément la présence de Dieu lorsque j’y étais moi-même. Rien ne remplace le fait de rencontrer Jésus dans des circonstances très particulières pour pouvoir consoler les autres. Nous ne devrions pas être surpris.

Nous rencontrons différentes stations dans notre pèlerinage au travers desquels nous goûtons la consolation de l’Éternel. Avoir combattu une addiction, être parent d’un enfant prodigue, tant de stations dans le désert… Paul évoque une station particulière[15] qu’il a connue. Pas le genre d’expérience rapportée dans les lettres de nouvelles missionnaires. Paul se livre à nu. Aux Corinthiens éduqués et intellectuels, l’apôtre explique qu’il ne pensait pas pouvoir s’en sortir, et souligne qu’il avait mis sa confiance en Dieu qui ressuscite les morts[16]. Ce n’est que face à la mort que nous saisissons la puissance de la résurrection.

Quel que soit le type d’affliction permis par Dieu, Il veut notre délivrance. Ce qui est vrai pour la persécution, est vrai pour d’autres afflictions. Lisez le verset 11. Qu’est-ce que Paul raconte ? N’est-ce pas lui qui a été secouru dans ces difficultés ? Qu’est ce que les Corinthiens viennent faire ici ? Ils l’ont délivré par leurs prières. Nouvelle tension ! Est-ce Dieu qui nous délivre dans nos afflictions ou est-ce la prière des saints ? Dieu, oui absolument ! La prière des saints, oui absolument ! Ce n’est pas un problème théologique mais une tension avec laquelle nous devons vivre. Alors que j’étais aux soins intensifs, des chrétiens priaient pour moi dans le monde entier. Témoigner de la manière dont Dieu m’avait soutenu lui a rendu encore plus de gloire !

La première question que je pose lors de tous mes entretiens est : « Parle moi de ton ministère dans la prière ? Que fais-tu pour équiper ceux qui sont autour de toi pour prier mieux ? Reprends le Nouveau Testament : Paul, Pierre, Jean priaient pour les autres. Souvent ils disaient « Priez pour moi ! ». Ainsi votre ministère en tant qu’évangéliste et formateur d’évangélistes, à la pointe même de la lance de l’Éternel, est d’accompagner les autres à prier avec vous, et pour vous. Vous devez avoir un cercle de 5 à 10 personnes avec lesquels vous pouvez partager à un niveau plus profond, comme Paul le fait dans ce texte. Il place au même niveau la délivrance de l’Éternel et la prière des saints. L’aspect le plus important du ministère est la prière. Chaque fois que je vois une Église qui prie aux États-Unis, c’est que cette Église a consacré quelqu’un pour stimuler la vie de prière. Dieu utilise nos afflictions. Dieu nous délivre. Dans le même temps les chrétiens prient et la louange et la gloire reviennent à l’Éternel.

Parce que nous ne faisons pas de la prière une priorité, parce que nous utilisons notre intelligence pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés, parce que nous opérons à partir de nos présupposés culturels, parce que nous ne suscitons pas de mouvement de prière pour résoudre nos problèmes, nous privons Dieu d’une part de la gloire qui devrait lui revenir. Nous ne faisons pas à appel à cette tension ; Dieu délivre, et la prière des saints délivre. Les deux sont vrais.

Languir, être dans l’attente[17]

Paul parle ici de ce désir insatisfait profond, qui peut subsister en nous, alors que tout va bien. Ce sentiment qui selon C.S. Lewis prouve que nous n’avons pas été créé pour le monde tel qu’il est. Nous sommes des vases de terre… Nous pouvons connaître la délivrance et la consolation. Mais comme un courant souterrain, ce désir languissant, ces soupirs, demeurent ancrés en nous. Nous avons été sauvés, nous sommes sauvés, nous serons sauvés. Le Royaume est venu, nous sommes dans le Royaume, mais le Royaume est à venir. Nous sommes dans cette tension du « déjà, mais pas encore ! ». C’est ce dont parle Paul. Cette réalité est fondamentale et l’Église a besoin de l’entendre. L’attrait du sécularisme est là : les richesses de ce monde paraissent pouvoir étancher cette soif. Une fausse promesse. « Tu as de l’argent, de bonnes relations, un bon environnement, alors Éden est sur terre ! » La tension la plus singulière de la vie chrétienne est selon Paul, cette tension entre la joie qui nous est donnée et la frustration qui nous fait soupirer.

Paul écrit depuis Éphèse. Il écrit cette épître trois ans après avoir implanté l’Église. Dans le chapitre deux, il explique pourquoi il n’est pas venu en personne à Corinthe. L’une des plus grandes difficultés du ministère, est que plus vous ouvrez votre cœur à l’amour pour les personnes, plus votre souffrance sera grande à un moment ou un autre. Si je suis mal reçu dans un restaurant par un serveur ronchon, il n’aura simplement pas de pourboire. Si je rencontre la même attitude dans l’Église, ou dans ma famille, cela devient une épée qui me transperce le cœur. J’ai aimé, j’ai ouvert tout mon cœur, je suis dans une grande attente. C’est ce que Paul exprime dans ses versets. « J’ai été comme un parent qui châtie son enfant avec tristesse. Nos relations ne devraient pas être conditionnées par la nécessité de vous discipliner, mais par la joie. J’ai écrit comme je l’ai fait pour ne pas être attristé, à mon arrivée, par ceux qui devaient me donner de la joie ; car en ce qui vous concerne, je suis convaincu que ma joie est aussi la vôtre, à vous tous[18] ». Paul écrit le cœur troublé, dans les larmes, il ne veut pas blesser les Corinthiens, mais il parle avec franchise, par amour. Parfois nos relations peuvent souffrir d’une vérité douloureuse à partager. C’est le lot du leader d’apporter une vérité douloureuse correctrice, mais avec larmes. On a demandé à un serviteur de Dieu prédicateur remarquable, quel était le secret d’un ministère fructueux, sa réponse a été : « Des larmes, à genoux, un cœur brisé ! »

Paul évoque le renouvellement quotidien de ses forces[19]. Jour après jour il est brisé mais Dieu le renouvelle. Dans le Notre Père nous sommes invités à prier pour notre pain quotidien. L’apôtre établi une longue liste de toutes les afflictions qu’il rencontre, mais elles sont légères parce que son roi vient. Celui-ci rétablira toutes choses et la gloire à venir n’est rien à comparer aux souffrances passagères. La douleur dure un moment. Cette aspiration qui est en nous sera étanchée pour l’éternité. Paul cerne bien la réalité du ministère, avec des jours de joie, mais avec les souffrances et les larmes, et ce soupir : « Jésus revient bientôt ! » Nous devons nous approprier cela. Il est normal de soupirer, Jésus revient bientôt. Nous sommes fragiles, nous sommes des vases de terre, mais nous portons ce trésor, nous sommes son temple.

L’étrange ministre du cœur ouvert[20]

Dans les lignes qui précèdent, Paul vient d’effectuer une démonstration théologique dont le point d’orgue est le verset 21 du chapitre cinq. Nous sommes justes aux yeux de Dieu grâce à l’œuvre de Christ. Si nous sommes justes en Christ – approche théologique – à quoi cela ressemble dans notre ministère – approche pastorale ? Dans le ministère, notre attention est attirée sur toutes sortes de besoins spirituels : un couple en difficultés, une famille avec un jeune rebelle… Pourtant nous pouvons rarement aider. Accompagner ces personnes peut même être une perte de temps et d’énergie. Pourquoi ? Parce que ces personnes doivent d’abord reconnaître qu’elles ont besoin d’aide. Paul pose le principe de l’horizontalité[21]. Il dit en substance : « Chers amis, même si j’ai dû vous dire des choses difficiles, je l’ai fait dans les larmes, le cœur rempli d’amour. Mais j’ai peur que vous ayez fermé le vôtre. Cela complique notre relation et créé une distance. Alors que j’avais espéré que cela crée un esprit de repentance. » Paul formule une requête : « S’il vous plaît regardez votre cœur : est-il ouvert ? élargi ? » Mettons-nous à la place de Paul : notre cœur est-il ouvert à ceux que nous rencontrons dans notre ministère ? Ceux qui sont proches de nous, nos collègues ? Notre cœur doit être ouvert dans notre ministère. Nous devons être une source de bénédiction pour d’autres. Comme un tuyau sortant de notre âme arrosant autour de nous. Et nous serons à notre tour bénis en retour. Paul ne se pose pas en super héros seul capable de bénir. Il voit dans ces jeunes chrétiens de Corinthe une source de bénédiction pour lui-même. Sommes-nous prêts à recevoir de ceux dont nous nous occupons dans notre ministère ? Nos cœurs sont-ils ouverts à la réciprocité ?

La nécessité et la générosité[22]

Paul, bien après avoir implanté l’Église de Corinthe, entend parler des besoins criant de l’Église de Jérusalem. Il rappelle que l’Évangile est venu de Jérusalem. Il incite à la réciprocité pour que les Corinthiens bénissent les chrétiens de Jérusalem de leurs biens matériels. J’appelle cela l’étrange ministre de la nécessité et de la générosité financière. Paul pose un nouveau principe[23]. La générosité glorifie Dieu. Il existe une réciprocité entre les deux Églises. Le mot qui revient est « abondamment ». Ma conviction est que l’Église d’aujourd’hui s’appauvrit parce qu’on enseigne de donner la dîme. Je crois que la dîme n’est pas une pratique du Nouveau Testament. La norme pour, les Églises du Nouveau Testament, est une générosité joyeuse et qui coûte. Nous sommes blasés de reconnaître que tout nous vient de Dieu. « Seigneur que puis-je donner pour mon Église, pour les besoins en Afrique ou ailleurs ? Comment puis-je utiliser mon temps, ma maison, mes biens pour donner plus ? » Parfois nous sommes nous-mêmes dans le besoin. Parfois nous sommes en mesure de donner. Parfois nous pouvons être l’intermédiaire entre des besoins et la générosité.

J’aime être celui qui présente les besoins des autres, formule une requête, et encourage à donner généreusement joyeusement avec sacrifice. J’aime aussi donner moi-même. Ce qui est intéressant dans ce chapitre c’est que les rôles s’inversent. Et nous devrons avoir le cœur ouvert pour donner, comme pour recevoir.

Quelle devrait être notre réponse à ces étranges ministres ?

L’Écriture dit : « Rend grâces, accueille-les. Reconnais que Dieu est plus grand que tous ceux qui pourraient affecter ta vie. Dieu est bon, Dieu est souverain ! » Réfléchissez, lequel de ces étranges ministres vous visitent actuellement ? Remerciez le Seigneur et dites-lui : « Tu es au-dessus de tout, même si je ne comprends pas tout, je te fais confiance. »

L’attaque du ministère et de la réputation[24]

Pourquoi Paul se présente-t-il à nouveau[25] ? Sans doute pour appuyer une transition. Il vient de parler de la collecte et de la générosité. La plupart des commentateurs s’accordent à dire que la pensée de Paul est, dans les chapitres 10 à 13, la plus difficile à comprendre. Il va se révéler vulnérable. Ce qu’il a à dire est sans doute le plus difficile à écouter pour des leaders. Des judaïsants se sont introduits dans l’Église après le départ de l’apôtre. Déjà dans l’épître aux Galates il y fait allusion. Ils ont aussi créé des problèmes à Éphèse. Dans les deux premiers chapitres de la lettre aux Éphésiens, Paul est obligé de redresser ce qu’ils ont insinué. C’est une chose, quand quelqu’un vient à nous pour nous montrer notre faiblesse. Nous ne sommes pas parfaits et nous pouvons apprendre de ces critiques. Mais c’est autre chose quand on s’attaque à nos motivations. « Tu dis que tu es ministre de l’Évangile mais tu le fais pour ta propre gloire ! Tu fais tout cela parce que tu veux bâtir ton propre empire ! Tes choix sont égocentriques ! Tu ne cherches pas l’intérêt des autres, tu cherches le tien ! » Il est difficile d’affirmer que nos motifs soient toujours purs. La fierté et l’orgueil sont un cancer qui se tapit au fond de nous. Nous avons besoin de personnes autour de nous qui nous aident à vérifier la pureté de nos intentions. Mais si nous sommes accusés faussement, c’est douloureux et nous sommes totalement démunis. Plus vous essayerez d’expliquer vos motivations, plus on vous dira que vous vous justifiez et que vous manquez d’humilité. Paul doit contre-attaquer les accusations formulées contre lui. Pour l’apôtre ce n’est pas seulement sa réputation qui est en jeu mais aussi la nature de l’Évangile qu’il a proclamé. Si le messager est faux, alors le message l’est aussi. Ces chrétiens d’arrière-plan juif sont arrivés dans l’Église de Corinthe et ont attaqué le ministère de Paul. Cette minorité est très influente. Elle insinue qu’il manque quelque chose aux chrétiens d’arrière-plan grec ou romain. Il faut être pleinement juif pour être pleinement chrétien. C’est en contradiction avec le message de Paul. Notre salut est en Christ, et en Christ seul.

Lisez les versets 8, 12, 14,17, 18. Paul essaie de sortir de la confrontation contre les judaïsants, pour recentrer l’attention et le débat sur Christ et son œuvre. Il va ensuite utiliser l’argumentation la plus puissante qui soit[26]. Il insiste que son unique motivation est de présenter l’Église à l’époux qui vient : Christ ! Il discerne que le mensonge motive les judaïsants. Il précise que Satan se déguise en ange de lumière. Et que ces ministres ne viennent pas de Dieu. Ce sont des vantards, qui mettent en question l’autorité de l’apôtre. Paul répond à partir du verset 11 en présentant son curriculum vitæ : « Battu, mis à mort, laissé-pour-compte… ». Et Paul illustre le principe : à genoux, dans les larmes, le cœur brisé… Paul porte chaque jour le fardeau des Églises qu’il a implantées. Il est profondément affecté par la propagation de ces faux enseignements.

Cet étrange ministre de l’attaque de la motivation et de la réputation introduit l’étrange ministre de la faiblesse dans le ministère. Paul évoque l’épine qu’il porte dans sa chair[27]. Et il ne dit pas en quoi consiste cette écharde. Il reconnaît simplement que cet étrange ministre est permis par Dieu, qu’il l’accueille, précisément pour l’empêcher de s’enorgueillir. Ce qui est précisément le problème des judaïsants.

Parfois nous nous interrogeons sur la source des souffrances qui nous accablent. Est-ce parce que nous vivons dans un monde déchu ? Ai-je péché ? Dieu veut-il me corriger ? Est-ce une attaque spirituelle de l’ennemi ? Pour Paul, cela vient de Satan. Qui a autorité sur lui ? Qui le tient en laisse ? Dieu ! Qui a autorité sur les tempêtes, le monde qui se perd ?

Les miracles que Jésus a accomplis attestent qu’il a autorité sur tout. Face à la femme adultère, face aux personnes habitées par des démons, Jésus se montre plus grand que tout. Quelle que soit la source de l’étrange ministre qui vous visite, Jésus règne ! Paul a prié trois fois que Dieu le délivre, et l’écharde est restée. « Ma grâce te suffit car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ! » Parfois Dieu accorde la grâce pour la guérison, parfois celle pour l’endurance. C’est cette grâce que Dieu accorde à Paul. Non seulement heureux de sa faiblesse Paul s’en glorifie. Lisez le verset 10 ! Aucun de mes étudiants n’a eu l’idée de créer un T-shirt avec ce slogan : « As-tu fait un câlin à tes faiblesses ce matin ? » Avec dans le dos : « Les fruits de mon ministère résultent de mes faiblesses et pas de mes forces ! » Les livres sur le leadership vous proposent : « Comment être fort, accomplir tous mes objectifs, être puissant, en 18 étapes… » Jamais nous célébrons nos faiblesses ! Voilà pourquoi je voulais vous introduire à ces étranges amis, ces mentors, que Dieu emploie pour nous former à l’image de Jésus.

Roy King

[1] 1 Cor 2 : 2

[2] 1 Cor 1 : 10-14, v.20

[3] 1 Cor 3 : 3-4

[4] 1 Cor 11 : 17

[5] 1 Cor 11 : 23-24

[6] 1 Cor 11 : 32

[7] 1 Cor 11

[8] 1 Cor 11 : 3

[9] 1 Cor 11 : 16

[10] 1 Cor 11

[11] 1 Cor 11 : 12-14

[12] 1 Cor 11 : 34

[13] 1 Cor 5 : 9-13

[14] 2 Cor 1 : 3-24

[15] 2 Cor 1 : 8-11

[16] 2 Cor 1 : 9

[17] 2 Cor 2 : 1-5

[18] 2 Cor 2 : 3

[19] 2 Cor 4 : 15

[20] 2 Cor 6 : 7

[21] 2 Cor 6 : 11-13

[22] 2 Cor 8 -9

[23] 2 Cor 9 : 6-8 et 12

[24] 2 Cor 10-13

[25] 2 Cor 10 : 1

[26] 2 Cor 11 : 2

[27] 2 Cor 11 : 12