La place du travail dans la vie du chrétien
Quelle est ma vision du travail ? Le travail est-il un mal nécessaire ? Un moyen de subsistance ? Une vocation ? Quelle attitude devons-nous adopter, en tant que chrétien, face au travail et l’activité en général ?
La pénibilité du travail
La Bible ne cache pas que le travail est à certains égards un réel fardeau (Gn 3.17-19). Le peuple hébreu a souffert d’un travail trop pénible en Égypte et Dieu a entendu les cris de son peuple. Le statut d’esclave, que le Nouveau Testament ne remet pas en cause, était souvent lié à des travaux manuels pénibles et fatigants. Avec ces données, on pourrait être tentés de penser que la Bible approuve une vision négative du travail. D’autant plus que certains termes bibliques contiennent effectivement le sens d’effort pénible, de fatigue liée au travail (cf. 1 Co 4.12 par exemple).
Mais ça serait oublier des pans entiers de l’enseignement de la Parole de Dieu à propos du travail ! Car, dans la perspective biblique, le travail a sa place dans la bonne création de Dieu, pas uniquement comme moyen de subsistance mais comme vocation.
Le travail comme vocation
Tout d’abord, Dieu créé le monde et la Bible nous dit que c’est son oeuvre (Gn 2.2, Ps 102.26). On pourrait dire que Dieu a travaillé pour créer le monde. Il est tantôt un cultivateur (Ps 65.10-14, 104.13-14), tantôt un potier (Gn 2.7, Es 45.9-12, Es 64.7, Jr 18.6), un architecte (Ps 104.2-5) ou un vendangeur (Es 63.3). Si les oeuvres de Dieu nous sont ainsi présentées de façon anthropomorphique comme un travail humain, cela valorise le travail et lui confère une dimension quasi spirituelle (cf. aussi Jn 5.17).
Les deux premiers chapitres de la Genèse contiennent les fondements d’une juste vision du travail, avant que la chute ne complique tout. Et l’on découvre que le travail est quelque chose de bon, comme une vocation que Dieu adresse aux humains. Cela nous est dit principalement à travers deux verbes : cultiver et garder (Gn 2.15). À ces deux verbes on peut encore ajouter le verbe dominer (Gn 1.26) qui implique d’une façon ou d’une autre une forme de travail.
Dieu fournit le sol, la semence, le soleil, la pluie mais c’est aux Hommes de labourer, de semer, de récolter. C’est dans ces verbes du début de la Genèse que sont inscrites, en germe, toutes les activités humaines, même celles qui ne seront pas, à proprement parler, de nature agricole comme la musique ou le travail des métaux (Gn 4.21-22).
Dieu nous appelle donc à l’activité, à la créativité pour le bien commun, pas seulement dans le cadre de la vie de l’Église mais dans notre vie de tous les jours. Nous sommes appelés à exprimer nos talents, en respectant les autres et en honorant Dieu. Le travail procure ainsi aux Hommes de la satisfaction et de la joie (Ec 2.24).
Foi et travail
Dieu s’intéresse à l’ensemble de notre vie, pas seulement à sa dimension purement spirituelle. Le travail n’est pas quelque chose d’extérieur au domaine de la foi. Les navires de Tarsis apporteront leurs richesses au Seigneur (Es 60.9). Cela signifie que le fruit de notre travail, au moins en partie, rend gloire à Dieu et comptera jusque dans la nouvelle création. À cet endroit, de nombreux commentateurs soulèvent que la Bible commence par un jardin et se termine par une ville ! Notre travail, ce que nous pouvons faire aujourd’hui, trouve sa place dans cette histoire ! Paul dit que notre travail n’est pas vain dans le Seigneur (1 Co 15.58).
Par ailleurs, on progresse dans la foi aussi dans le cadre de notre travail. Le travail est une bonne école pour notre caractère. Nous sommes mis à l’épreuve, notre patience grandit, nous apprenons à ne pas répondre au mal par le mal, à être honnêtes dans des situations concrètes, à rester intègres. C’est également dans le cadre du travail que nous avons des occasions formidables pour mettre en pratique nos beaux discours sur le respect du prochain et le sens du bien commun.
Les limites du travail
Si l’activité est profitable aux êtres humains et qu’elle est présentée comme une vocation que le Créateur nous adresse, elle ne doit pas prendre la place de ce dernier. C’est Dieu que l’on doit adorer, pas notre activité. Ainsi la Parole de Dieu prescrit le sabbat. Un jour sur sept, le peuple doit s’arrêter de travailler. Ce temps d’arrêt sera consacré au culte communautaire et au repos. Cela nous montre que le travail n’est pas la valeur suprême. Dieu est au-dessus du travail puisque c’est lui qui nous bénit, en partie par le travail.
Enfin notre travail ne définit pas notre valeur. Le piège à éviter est de chercher sa valeur dans ce qu’on fait. Quand on n’est pas conscient de sa valeur ou quand notre valeur n’est pas reconnue, on peut avoir tendance à chercher sa valeur dans ce que l’on fait. Cela mène à l’activisme et même au surmenage. La Bible nous dit que nous avons de la valeur, que cette valeur ne vient pas du fruit de nos activités mais que c’est Dieu lui-même qui nous la donne et que personne ne peut nous l’ôter.
Que Dieu soit glorifié dans toutes nos Activités.
Matthieu Hodapp