Que nous soyons pasteurs, évangélistes, anciens ou responsables d’activités, nous sommes tous engagés dans un rude combat contre un ennemi en rage qui ne cherche qu’à détruire. Comment tenir dans la durée ? L’Écriture abonde en exemples de courses qui se terminent mal, ou de manière mitigée. Alors qu’il est sur le point d’achever sa course, lui qui a « combattu le bon combat », et « gardé la foi », Paul exhorte Timothée : « Fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton service » (2 Timothée 4.5-6). Nous pourrions paraphraser ces versets ainsi : « Timothée, remplis bien ton ministère car le mien est sur le point de se terminer. ». Aujourd’hui encore, la question demeure : comment bien remplir le ministère et tenir dans la durée ?

Pour bien terminer, il faut bien commencer. Certains d’entre vous viennent à peine de commencer le ministère et on vous exhorte déjà à bien le terminer ! Cela peut vous paraître abstrait et trop éloigné de vos préoccupations. Détrompez-vous ! Il est urgent de poser de bons fondements dès le départ. Les principes de vie que vous établissez maintenant sont d’une importance capitale.

En puisant – principalement – dans les lettres à Timothée et à l’Église de Philippe, nous dégagerons 7 conseils de Paul pour rester fidèles à notre appel dans la durée.

1. Rester fidèle à l’Évangile

Par l’hostilité et l’opposition, par les séductions et la perversion du message, l’ennemi cherche en tout temps à détourner les hommes de l’Évangile. Mais Paul martèle, sans relâche, dans sa lettre à l’Église de Philippe : il nous faut garder l’Évangile comme épicentre de notre vie personnelle, de notre ministère et de notre vie d’Église. C’est lui qui sauve, unit l’Église et produit sa croissance.

2. Bien choisir nos modèles

Dans le 2ème chapitre de sa lettre aux Philippiens, Paul nous présente quelques modèles bibliques de leaders serviteurs :

D’abord le Seigneur Jésus. Le chapitre s’ouvre avec cette exhortation de Paul : « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus » 2.4-5. Du ciel jusqu’à la croix, il n’a reculé devant aucun sacrifice…il s’est dépouillé volontairement de sa gloire et de l’utilisation de ses prérogatives divines en vue du salut de l’homme. Il est l’exemple par excellence !

Puis, il y a l’apôtre Paul. Le verset 19 nous apprend que Paul ne cherche pas à susciter l’intérêt en s’apitoyant sur son sort ! Il est en prison. Cependant, il n’envoie pas Timothée pour donner de ses nouvelles aux Philippiens. Bien au contraire, c’est pour prendre de leurs nouvelles à eux. Quel amour !

Ensuite, il y a Timothée ! C’est Paul qui indique clairement qu’il n’a personne d’autre dans son entourage qui partage son attachement et son affection pour l’Église de Philippes. Quel zèle !

Enfin, il y a Épaphrodite ! Originaire de Philippes, il est envoyé par cette Église pour servir Paul (v. 30) et lui apporter une offrande qui subvienne à ses besoins. À cause de ce service et de cette œuvre, Épaphrodite tombe malade. Le texte dit qu’il a risqué sa vie (v. 30) pour servir Paul ! Or, les Philippiens étaient au courant (v. 26) de son état de santé. Mais, ce qu’il faut relever dans ce récit, c’est qu’Épaphrodite n’était pas en peine parce qu’il était malade, mais plutôt parce que les chrétiens de Philippes avaient appris sa maladie ! Il ne voulait pas que les autres soient inquiets à son sujet. Il gérait ses difficultés et ses souffrances avec discrétion, tant il était préoccupé par les besoins des autres. Quel désintéressement !

Dans notre monde évangélique anthropocentrique, il y a trop de serviteurs de Dieu qui sont imbus d’eux-mêmes, et ne parlent que de leur ministère, leurs difficultés ou leurs souffrances. Comme l’épître aux Philippiens nous y exhorte, choisissons pour modèles dans notre vie de serviteur ceux qui se préoccupent d’abord des autres.

3. Gérer les travers de nos caractères

Une lecture attentive de la lettre à l’Église de Philippe nous fait découvrir une Église que Paul aime beaucoup et avec laquelle il entretient des relations affectueuses (1.8 ; 4.1). Mais cette assemblée connaît aussi son lot de difficultés. Et ces difficultés ne se limitent pas à une hostilité subie venant de l’extérieur ! Il y a aussi des problèmes à l’intérieur de l’Église.

Les voici :

  • La rivalité malsaine et pernicieuse de certains, qui prêchent l’Évangile pour faire du tort à Paul.
  • Un conflit ouvert entre Evodie et Syntyche. Ces deux sœurs faisaient vraisemblablement partie du groupe de prière qui permit l’implantation de l’Église. Elles avaient « combattu côte à côte avec moi pour l’Évangile », écrit Paul (4.3).
  • L’antinomisme de quelques-uns qui marchaient en ennemis de la croix de Christ. Ces gens amoindrissaient la gravité du péché, refusant la souffrance liée à l’éthique et à la conduite chrétienne. Ils portaient un accent démesuré sur la grâce, en ignorant la sainteté.
  • Des divergences d’opinions qui pouvaient conduire à des scissions inutiles.

Aujourd’hui encore, que de temps perdu dans de faux combats ! Nous élevons des doctrines d’ordre secondaire sur un pied d’égalité avec l’Évangile. Et nous en faisons des tests de fidélité, de spiritualité pour ne pas dire de communion. L’Évangile est ainsi sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles. Et que de difficultés personnelles, venant de caractères non transformés, qui handicapent les progrès de l’Église !

Selon Paul, l’Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. On envisage souvent le salut comme une chose accomplie une fois pour toute. Cependant, le salut est un processus. Cela commence lors de notre conversion, mais cela se poursuit par une transformation progressive qui touche tous les aspects de notre personne. Cette transformation fait partie de notre salut. En effet, c’est en espérance que nous sommes sauvés… (Romains 8.24ss).

Chercher des excuses à notre conduite mauvaise dans notre histoire personnelle, aussi traumatisante soit-elle, cela équivaut donc à de l’incrédulité. Laissons-nous donc transformer par l’Esprit dans notre caractère, et dans toutes les composantes de notre personne.

4. Gérer nos besoins personnels avec lucidité

Le fait de bien gérer nos travers personnels ne doit pas nous pousser à ignorer nos besoins légitimes. Ces besoins varient d’une personne à l’autre, mais aussi d’une situation à une autre.

Lorsque Paul arrive au terme de sa vie, sachant que sa fin est proche, il exprime avec sobriété ce qui lui est nécessaire pour poursuivre sa course.

John Stott le résume bien dans son commentaire de 2 Timothée 4 :

  • Il a besoin de livres pour s’occuper,
  • Paul a besoin de compagnons pour rompre la solitude,
  • Il a besoin de vêtements pour se tenir chaud en hiver.

D’abord, Paul fait comprendre sa solitude. Sans s’apitoyer sur son sort il exprime son besoin de compagnie :

  • Tâche de venir au plus tôt vers moi (4.9),
  • Tâche de venir avant l’hiver (car le voyage pourrait être retardé par les intempéries (4.21),
  • J’ai le vif désir de te revoir (1.4),
  • Luc est seul avec moi (4.11),
  • Prends Marc (4.11),
  • J’ai envoyé Tychique à Éphèse – probablement pour remplacer Timothée pendant son absence pour venir chez Paul (4.12).

Certes Paul sait que son départ est proche et il se réjouit de s’en aller pour être avec son Seigneur. Mais il aime Timothée, son ami, son enfant dans la foi et son successeur. Et il a envie de le revoir avant de s’en aller. N’empêche, devant cette solitude ressentie, Paul s’exclame : Je ne suis pas seul… Le Seigneur m’a assisté… Le Seigneur me délivrera…

Ensuite, il reconnaît les conditions sévères et inconfortables dans son cachot. Il fait froid, c’est humide : apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpus.

Enfin, il a besoin de s’occuper intellectuellement pour ne pas sombrer dans le découragement : apporte les livres, surtout les parchemins ; certainement les écrits de l’Ancien Testament, peut-être ses notes.

Pour bien terminer la course, nous avons besoin d’acquérir un regard lucide sur nous-mêmes et sur nos besoins en tant qu’humains. C’est à ce prix que nous pourrons être des leaders serviteurs dont le modèle peut être suivi, et qui sauront « bien achever leur course ».

5. Gérer le(s) succès dans le ministère

À la fin de son parcours, Paul reconnaît – sans arrogance – l’œuvre de Dieu accomplie par son intermédiaire. Il écrit à Timothée : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. » Il serait juste de transcrire ce texte ainsi : « Le bon combat… je l’ai combattu, la course… je l’ai achevée, la foi… je l’ai gardée ». Ici, Paul ne met pas l’accent sur sa personne, mais sur le combat, la course, et la foi. Paul ne veut pas démontrer à quel point il a bien combattu, bien couru ou bien gardé, MAIS il veut démontrer que la cause pour laquelle il a combattu et couru en valait la peine ! En exhortant les chrétiens de Philippe à adopter une conduite exemplaire, Paul écrit : « Ce sera mon sujet de gloire au jour de Christ » (Philippiens 2.16). À l’Église de Corinthe, il écrit : « Vous êtes une lettre lue par tous les hommes… écrite par notre ministère » (2 Corinthiens 3.2-3). Cependant, la gloire recherchée par Paul n’est pas sa propre gloire, mais celle du Christ. Sa perspective, c’est le retour de Christ, qui rendra à chacun selon ses actes. Paul devait constamment se défendre devant de faux apôtres qui prêchaient Christ par vaine gloire, et mettaient en cause son autorité apostolique. Mais il ne s’en met pas en peine, puisqu’il affirme : « Qu’importe ! De toute manière, que ce soit sous un faux prétexte ou que ce soit en vérité, Christ est annoncé ; je m’en réjouis et je m’en réjouirai encore… » (Philippiens 1.18).

Le monde évangélique n’est pas exempt de vedettariat. Certains hommes ont été mis sur un piédestal. On leur a voué une admiration démesurée. Et cela a conduit à des drames et à des tragédies. Bien souvent, nous aussi, nous peinons à bien gérer nos succès. Ils nous montent à la tête et nous poussent sur les pentes glissantes de l’autosuffisance et de l’orgueil. Que le Seigneur nous trouve fidèles dans l’acte de lui rendre gloire quant aux fruits de notre ministère ! Sachons aussi nous entourer d’accompagnateurs et de mentors fidèles, à qui nous pourrons raconter nos échecs et nos succès, afin de rester redevables et humbles, devant Dieu et devant les hommes.

6. Gérer les difficultés, les déceptions et les injustices liées au ministère

C’est une réalité, voire même une constante dans la vie ! Vous aurez des difficultés liées à votre fidélité à l’Évangile. Vous subirez des injustices, parfois au sein même de l’Église. Vous serez parfois déçus de vos collègues, de vos responsables dans l’œuvre… et de vous-mêmes !

Pensez à l’arrivée de Paul et Silas à Philippe et aux difficultés liées au ministère qu’ils ont subies… (Actes 16.22) : déshabillés, battus de verges, roués de coups, jeté en prison avec les ceps aux pieds… Ceci semble si éloigné de l’idée que nous nous faisons du vécu normal du ministère chrétien. Et pourtant… « Tous ceux d’ailleurs qui veulent vivre pieusement en Christ-Jésus seront persécutés », affirme Paul (2 Timothée 3.12).

Pensez aux nombreuses fois où Paul a dû se défendre devant les rumeurs et les calomnies qui circulaient à son sujet… tantôt incompris, tantôt accusé d’inconduite ou d’immoralité, d’avoir recours à la flatterie, de chercher un gain sordide etc.

Pensez aux déceptions dont Paul nous fait part dans sa lettre à Timothée, quand il écrit « Tous ceux qui sont en Asie m’ont abandonné ! ». Le statu quo a pris le pas sur le premier amour ! Ensuite, il y a Démas. Il a bien commencé mais mal terminé. Paul dit explicitement que Démas a préféré le siècle présent : le confort, la sécurité. Il se sent trahi et exprime sa détresse devant ce collaborateur qui abandonne le combat. Paul ne dit pas que Démas a abandonné la foi, mais qu’il a abandonné la course.

Enfin, Paul parle de sa solitude devant le tribunal. « Lors de ma 1ère défense, personne ne m’a assisté mais tous m’ont abandonné ! » (2 Timothée 4.16). En tant que citoyen romain, Paul avait le droit d’engager un avocat et d’appeler des témoins pour sa défense. Mais il semble que personne n’ai voulu prendre le risque de plaider sa cause ! La crainte avait pris le pas sur la raison et le courage.

Mais Paul ne se laisse pas arrêter par ces constats d’abandon : « Personne ne m’a assisté » … mais « C’est le Seigneur qui m’a fortifié, afin que la prédication soit portée par moi à sa plénitude et entendue par tous les païens » (2 Timothée 4.17).

Dans notre monde occidental, un choix se présente à nous constamment. Aimons-nous l’avènement du Seigneur ou aimons-nous le siècle présent ? Préférons-nous vivre dans l’attente du retour glorieux du maître ou allons-nous nous laisser entraîner par l’hédonisme, le matérialisme, l’idolâtrie, et le désir de posséder toujours plus ?

Face à ces situations affligeantes, nous pouvons facilement mal réagir… nier la réalité, nous comporter en victime, ou sombrer dans l’amertume et le cynisme. Mais, dans sa grâce souveraine et pour notre bien, Dieu utilise ces épreuves. Son but : nous apprendre à dépendre de lui. Il veut nous libérer de notre autosuffisance, et nous faire découvrir qu’en toute situation il est suffisant.

Paul, à l’exemple de son maître en croix, gère les déceptions et les injustices en s’en remettant à celui qui juge justement. Et il persévère dans l’annonce fidèle de l’Évangile. Quel exemple !

7. Gérer les situations que nous ne contrôlons pas

Paul est un modèle de serviteur qui continue malgré l’hostilité et la persécution. La fin de son ministère est difficile. À Jérusalem, il est emprisonné. Cela dure deux longues années. Puis il effectue un voyage périlleux sur les eaux déchaînées de la Méditerranée, et vit encore deux autres années en prison. Après une période de relâchement, il mourra en martyr. Et nous, que faisons nous lorsque nous traversons des situations d’épreuve où nous perdons tout contrôle sur nos vies ?

De ville en ville, il est prévenu par l’Esprit des liens et tribulations qui l’attendent. Paul apprend donc aux anciens d’Éphèse ce qui va se produire (Actes 20.22-25). Puis Agabus prend la ceinture de Paul et se lie pieds et mains (Actes 21.10-14). Cet acte prophétique indique le sort réservé à Paul lors de son arrivée à Jérusalem. Les chrétiens de Tyr veulent dissuader Paul de se rendre à Jérusalem, mais celui-ci est prêt à souffrir pour le nom du Seigneur Jésus. Puis nous connaissons la suite. Paul est faussement accusé d’avoir introduit Trophyme d’Éphèse, un grec, dans le Temple.

Mais lorsque Paul est emprisonné, il ne reste pas passif face à la situation. Il donne son témoignage devant les Juifs. Il les provoque. Puis il revendique sa citoyenneté romaine. Et ensuite, il suscite la dispute entre partis juifs pharisiens et sadducéens, au sujet de la résurrection. Apprenant un complot contre sa vie, il envoie son neveu. Puis il fait appel à César. Paul continue à agir et ne se laisse pas abattre.

L’apôtre est emprisonné, et devient ambassadeur du Christ dans ses chaînes. C’est le contexte de cette affirmation : « Je veux que vous le sachiez frères : ce qui m’est arrivé a plutôt contribué aux progrès de l’Évangile. En effet, dans tout le prétoire et partout ailleurs, il est devenu manifeste que c’est pour Christ que je suis dans les chaînes : la plupart des frères, confiants dans le Seigneur en raison de mes chaînes ont beaucoup plus de hardiesse pour annoncer sans crainte la Parole de Dieu » (Philippiens 1.12-14). Le prétoire, c’est la garde personnelle de Néron, composée de soldats d’élite. Après avoir comparu devant les gouverneurs et les rois, c’est devant les soldats d’élite et la cour impériale que Paul est témoin. Et ces choses là, Christ les avait annoncées (Matthieu 10.17-18). Le témoignage de Paul a fortifié l’Église persécutée. Et si Paul n’avait pas été persécuté, la Bible serait amputée de ses épîtres fondamentales.

Conclusion

Comment bien terminer notre course face aux innombrables pièges qui jonchent notre chemin ? En restant fidèles à l’Évangile. En choisissant pour modèles de service, ceux qui se préoccupent d’abord des autres. En apprenant à gérer les travers de nos caractères. En développant un regard lucide sur nos besoins personnels et les limites qu’ils nous tracent. En gérant nos succès, mais aussi les difficultés : échecs, injustices, déceptions, et abandons, mais aussi toutes ces situations d’épreuve au sein desquelles nous perdons tout contrôle sur nos vies.

Selon le Psaume 29, même lors du déluge, Dieu régnait dans les cieux. Dans nos vies, c’est pareil. Il y a quantité de choses que nous ne contrôlons pas, mais qui font partie du projet de Dieu pour notre sanctification. Dieu utilise ces choses pour nous façonner et nous modeler à son image. Il est très important de nous préparer à bien réagir face aux circonstances que nous ne contrôlons pas. Bien sûr, dans nos détresses, nous pouvons crier à Dieu nos souffrances et nos pourquoi, comme le fit David dans les psaumes. Il y a des « pourquoi » légitimes, mais le désir de Dieu, c’est que nos « pourquoi » se transforment en « vers quoi ». Au milieu de nos « pourquoi », nous sommes appelés à discerner le « vers quoi » de Dieu. Et ce « vers quoi », c’est toujours la formation de l’image de Christ en nous.

Mike Evans