Quel doit être le moteur de notre vie de témoin ? D’après Jean 3.16, c’est par amour l’humanité que le Père a donné son fils. Et selon Matthieu 9.36-10.1, c’est ému de compassion devant la foule « languissante et abattue comme des brebis sans berger », que Jésus envoie ses ouvriers, les douze, en mission dans sa moisson. Le moteur de la mission, c’est donc la compassion. Voilà pourquoi nous avons besoin de nous approprier, pour nous-mêmes, cette « ardente miséricorde de notre Dieu » (Luc 1.78), par laquelle il nous a visité d’en haut en Jésus-Christ, afin de mieux la communiquer autour de nous. Dans la Bible, quels sont les mots utilisés pour désigner la compassion du Père et du Fils à notre égard ? Sommes-nous pleinement conscients de l’ardeur de cette compassion à notre égard ? Réponse en deux points.

1. Le Père est ému dans ses entrailles pour nous : Raham (strong 07356)

Dans l’Ancien Testament, Dieu est décrit comme compatissant, c’est à dire qu’il partage notre souffrance, qu’il est miséricordieux et sensible à notre misère. L’hébreu biblique utilise un mot qui se prononce « raham », et qui veut dire littéralement : le sein maternel, l’utérus ou les entrailles. Notez bien qu’il s’agit des entrailles de Dieu lui-même ! Voici un exemple : « Éternel, souviens-toi: tu es depuis toujours un Dieu compatissant [Raham], plein d’amour. » (Psaume 25.6)

La traduction de cette image d’entrailles par les mots pitié, compassion, miséricorde, décrivent mal toute l’émotion et l’intimité, qui se trouvent dans ce mot « raham ». Mais cela signifie que Dieu ressent clairement, jusque dans ses entrailles, la souffrance de son peuple. Dieu n’aime pas la souffrance. Quand Israël se repent dans les Juges il est dit : « Alors l’Éternel ne put pas supporter plus longtemps les souffrances d’Israël ». (Juges 10.16)

Méditez un instant ces versets : « Vous serez allaités ; vous serez portés sur les bras et caressés sur les genoux. Comme un enfant que sa mère console, je vous consolerai » (Esaïe 66.12-13). Dieu nous y est révélé comme une mère qui ressent la souffrance de son enfant : viscérale… Connaissez-vous l’amour de Dieu ainsi ? Demandez à Dieu de vous remplir de son amour, et de vous aider à réaliser sa compassion pour vous d’une manière toute nouvelle.

2. Jésus, ému de compassion pour nous : splagchnizomai (strong 4697)

Au début de l’Evangile de Matthieu, l’évangéliste fait la jonction entre le Dieu de l’Ancien Testament et Jésus-Christ en qualifiant Jésus de « Emmanuel, Dieu avec nous » (Matthieu 1.23). Et à la fin de son récit, Matthieu rapporte une affirmation de Jésus qu’il est le seul à rapporter : « Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28.20). Ces deux éléments sont comme des serre-livres qui encadrent et font tenir l’ensemble de l’Evangile : « Dieu est avec nous, en Jésus ».

Ainsi Jésus affirme la continuité – à travers lui – de la présence de Dieu avec nous, et aussi, biensûr, dans nos circonstances. Et vous allez voir qu’il y a un lien avec les entrailles ! Dans le Nouveau Testament, cette histoire d’entrailles de Dieu se prolonge dans les entrailles de Jésus. Il y a en effet, en grec, un mot [splagchnizomai] ; splangkh-nid’-zom-ahee, qui littéralement veut dire « entrailles ». En grec, on – dit qu’on – « a des entrailles pour quelqu’un ». Çà veut dire qu’on est ému, qu’on éprouve un sentiment de compassion. Et à plusieurs reprises, c’est ce mot qui décrit la façon dont Jésus est ému jusque dans ses entrailles, et caractérise plusieurs de ses actions :

« Voyant la foule, il fut ému de compassion [splagchnizomai] pour elle, parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger » (Matthieu 9.36). Et ce mot, ces entrailles de Jésus qui souffre en voyant la souffrance, est utilisé 12 fois dans l’évangile. Quand nous lisons les récits des miracles de Jésus, nous voyons que Jésus a d’abord été ému de compassion jusque dans ses tripes, pour ceux qu’il a secourus ! Le Seigneur a éprouvé la souffrance de son peuple au plus intime de lui-même, dans ses entrailles. Il a tressailli. Il a été remué, secoué jusqu’à en trembler. Jésus a été saisi aux tripes :

  • quand il a vu la foule sans nourriture,
  • quand il a vu les aveugles et les lépreux, quand il a ressenti leurs luttes, leurs combats,
  • quand il a vu des paralytiques, il a ressenti leur souffrance dans son coeur,
  • quand il a vu la veuve de Naïn qui descendait avec le cercueil de son fils (unique) en quittant la ville, il a ressenti sa peine jusque dans ses entrailles.

Appel :

Jésus, qui porte un regard de compassion sur nos souffrances, s’est fait homme lui-même. C’est peut-être le message central de l’Évangile. « Celui qui est totalement autre, qui ne peut se comparer à nous, qui est radicalement différent, celui-là a pu devenir l’un de nous » (Henri Nouwen). Jésus, qui a des entrailles tellement sensibles, est devenu l’un des nôtres pour porter nos souffrances.

Non seulement Christ est profondément concerné par nos souffrances, puisqu’il les a toutes connues, puisqu’il les a toutes portées, mais en plus, il nous fait une proposition absolument révolutionnaire : il veut porter les choses avec nous. Voici ce qu’il nous dit : « Mon Père a remis toutes choses entre mes mains. […] Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11.27-28). Jésus nous invite tout simplement à venir à lui, à lui confier, à lui partager, à lui raconter toutes ces circonstances que nous trouvons difficiles, et que pourtant il permet pour nous former à son image.

C’est une invitation très forte ! Elle vous est adressée. Venez à lui, si vous êtes chargés, et que vous portez un fardeau trop lourd. Croyez-vous que Jésus est vivant aujourd’hui, qu’il siège à la droite de Dieu, et que sa mission actuelle est d’intercéder pour vous ? Croyez-vous que vos circonstances concernent le Fils de Dieu et le Père lui-même ? deuils, pertes de santé, rêves brisés, solitude, craintes, incertitudes… ? Quand je souffre, suis-je conscient de la compassion de Jésus à mon égard ?

Et quand je vois la souffrance de l’autre, suis-je conscient de la compassion de Jésus à son égard ? Est-ce que je partage le regard et les « entrailles » de Jésus pour les gens qui m’entourent ? Demandons à Jésus de nous donner son cœur pour les autres. Jésus, qui a des entrailles tellement sensibles, est devenu l’un des nôtres pour porter nos souffrances.

Alain Stamp