Vivre ma vie sous son regard… 1 Pierre 1.15-21

Seule la crainte de Dieu peut nous donner de la saveur. Seul un regard renouvelé sur le Dieu saint peut changer, radicalement, notre perspective et notre manière de vivre. Et c’est alors, seulement, que nous développerons un style de vie prophétique, assaisonné de sel, qui sera un témoignage vivant dans notre monde. Mais qu’est-ce que la crainte Dieu ?

Craindre Dieu, ce n’est pas être effrayé de sa colère, car si nous sommes nés de nouveau, nous en sommes délivrés (Romains 5.9). En effet, comme le dit l’apôtre Jean : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n’est point parfait dans l’amour » (1 Jean 4.18).

Cependant, le fait de réaliser le grand amour de Dieu pour nous, manifesté à la Croix, doit nous amener à développer une conduite sainte (1 Pierre 1.15), dans un saint respect mêlé d’amour pour Dieu, avec une aversion pour tout ce qui lui déplaît et attriste son Esprit en nous.

C’est cela, la crainte de Dieu. Et la crainte de Dieu, c’est le commencement de la sagesse. Pour développer ce saint respect de Dieu mêlé d’amour envers lui, nous avons de tourner notre regard dans deux directions :

1. Regarder vers la fin : le jugement de Dieu le Père

L’apôtre Pierre nous exhorte : « si vous invoquez comme Père celui qui, sans considération de personnes, juge chacun selon ses œuvres, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour sur terre » (1 Pierre 1.17). Celui qui est notre Père aimant, qui prend soin de nous, pourvoit à nos besoins, et nous protège, est aussi celui qui juge chacun selon sa manière d’agir, sans favoritisme ! Et nous vivons sous son regard ! Souvenons-nous en ! Il nous voit, il nous a rachetés, il nous a adressé une sainte vocation ; et nous devons vivre conformément à cette vocation. Rappelons nous que ce Dieu qui est devenu notre Père ; un jour on le rencontrera !

Voici une illustration, toute simple de ce regard tourné vers l’avenir et le jugement de nos actes : « Quand tu es enfant, que papa n’est pas là pendant une semaine et que tu fais des bêtises ; tu sais que attention ! papa, à la fin de la semaine, il va rentrer » ! Et çà, c’est une motif important ! Parce que ce Dieu qui nous a sauvé, même si on l’aime, c’est le Dieu dont nous savons que s’il se retournait contre nous, et si nous n’étions pas au bénéfice de sa grâce, nous devrions craindre sa colère ! Mais ce Dieu là nous a accordé sa grâce, et çà, c’est merveilleux ! Et donc apprendre à vivre en étant conscient que nous sommes sous son regard, c’est indispensable pour nous conduire avec sagesse, et avoir un comportement qui va être détonnant vis-à-vis des autres. On craint Dieu, et tout péché a comme source le fait que l’on ne craint pas Dieu.

Cette exhortation, ce commandement « conduisez-vous », se place dans le temps de notre séjour sur la Terre. On a là une dimension eschatologique qui est ultra forte. Nous sommes en pèlerinage, et tout çà aura une fin ! Et pour les lecteurs de l’époque, c’était un soulagement. En fait, quand on galère, çà fait toujours du bien de savoir quand çà s’arrête. C’est comme quand tu es dans une séance de sport, et que tu souffres, tu souffles, mais dans 2 minutes, il y a une pause : Oufff ! Enfin ! Il te reste seulement X km pour ton jogging. Il faut tenir, mais tu sais que quant tu as fini, tu as fini. Et regarder ainsi à la fin nous aide à vivre le présent, en persévérant dans la crainte de Dieu, malgré les difficultés, à vivre memento mori.

2. Regarder vers le passé : l’œuvre de la Croix me rachète pour vivre une vie nouvelle

Après avoir évoqué le jugement à venir, l’apôtre Pierre tourne maintenant nos regards vers le passé. Il nous rappelle ce que Christ a fait pour nous :

  • il nous a rachetés de la manière de vivre dépourvue de sens que nous avaient transmise nos ancêtres pour que nous vivions une vie nouvelle,
  • c’est par le sang précieux de Christ, qui s’est sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache, que nous avons été rachetés.

Jésus a été prédestiné avant la création du monde à être révélé, à mourir pour nous, et à nous racheter par son sang. Et le prix de son sacrifice est infini. Il n’y a rien de plus précieux que Christ dans tout l’univers. Nous avons été purifiés, non par ces choses périssables, mais par le sang précieux de Christ qui est plus précieux que l’argent et l’or. Il a versé tout son sang pour nous, et il a porté sur lui tout le péché du monde. Et à ce moment là, le Père saint a détourné les regards de son fils, car « ses yeux sont trop purs pour voir le mal » (Habaquq 1.13). Jésus a été abandonné, afin que nous soyons adoptés. Quel amour !

Pierre nous dit que notre façon de vivre doit être caractérisée par notre compréhension de l’œuvre de la Croix. Ce regard vers l’avenir – le retour du Christ – et vers le passé – son don à la Croix pour nous – nous aide, dans notre quotidien, à vivre sous le regard de Dieu.

Nous avons été rachetés de la vaine manière de vivre de nos ancêtres. Ici, Pierre n’utilise pas un discours technique sur le Salut avec des mots comme « justification ». Mais il nous parle d’une nouvelle manière de vivre. Et plus que cela ! Non seulement il y a une nouvelle manière de vivre ; mais il y en a aussi une ancienne ; et celle là est passée. Cela nous évite de penser le christianisme comme : « Tu vis comme avant, mais en un peu mieux » ! La vie avec Dieu, çà n’est pas adhérer à une philosophie ou à quelques articles de foi. Çà n’est pas non plus le souci de l’orthodoxie, et d’une présentation éloquente et juste de grandes vérités bibliques et théologiques ; mais c’est laisser notre vie être façonnée et modelée par ces vérités là.

Pour conclure :

Dans ce texte, Pierre passe de l’entendement à la conduite. Ne vous conformez pas aux convoitises d’autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance. Il y a une nouvelle manière de vivre. Ma vie s’inscrit dans ce grand projet d’amour du Père qui a destiné Jésus avant la création du monde à être l’agneau qui nous sauve, et qui nous appelle à attendre son apparition finale. Mon histoire, ma vie s’inscrit dans cette grande histoire.

Le propre de notre époque, c’est de résumer notre vie à ce que l’on vit à l’instant t, ou à ce qu’on va vivre dans les 5 ans à venir. Mais l’apôtre Pierre nous invite à garder la vision d’ensemble de sa grande histoire. Ceignons donc notre entendement avec cela ; et nous pourrons voir notre présent sous cette lumière. J’ai été racheté à un prix si élevé ! Je ne peux pas vivre comme si je n’étais pas au bénéfice de ce sacrifice. Dans le contexte de la persécution, cette perspective aidait les chrétiens à s’attacher à la délivrance qui les attendait. Dans notre contexte de confort, ce renouvellement de notre perspective doit nous détacher du matérialisme.

Pour finir, voici quelques questions :

  • Sommes-nous conscients que notre Père est aussi notre juge et que nous devrons lui rendre des comptes sur tout ce que nous avons dit, fait, pensé ?
  • Sommes-nous conscients de la profondeur de l’œuvre accomplie à la Croix pour nous ?
  • Est-ce que les grandes vérités de l’Evangile ont pénétré, au-delà de notre intelligence, au cœur de notre comportement et de nos choix quotidiens ?

Que le Seigneur nous aide à vivre, sous son regard, une vie sainte, qui lui rendre gloire.

Raphaël Charrier et Matthieu Giralt