Quel est le milieu de notre témoignage ? Nous sommes témoins au milieu d’un monde sécularisé… mais pluraliste. Nous vivons à l’âge séculier, mais cet âge séculier qui est le notre est marqué par un pluralisme des croyances.

  • L’âge séculier, c’est un âge où Dieu et la croyance ne sont plus perçus comme des conditions nécessaires du bonheur.
  • Le pluralisme, c’est un monde marqué par une mosaïque de croyances et de systèmes de pensées.

Afin de mieux appréhender le milieu de notre témoignage, explorons maintenant, ensemble, ces deux facettes de notre société dans son rapport à la croyance et au fait religieux.

1. Un monde sécularisé, caractérisé par le pluralisme religieux

Force est de constater qu’au 21ème siècle, le processus historique de la sécularisation n’a pas fait disparaître la croyance et la spiritualité. La sécularisation, c’est le recul du fait religieux dans les sphères de la pensée et de la vie quotidienne. Ce processus est bel et bien à l’œuvre dans notre société. Mais il n’a pas abouti à l’évacuation du fait religieux puisque celui-ci – au contraire – a même été réintroduit en France dans les programmes scolaires. Aujourd’hui en France, une église évangélique ouvre tous les 10 jours, et en Espagne tous les 5 jours. La foi est donc bien vivante dans beaucoup de pays d’Europe. Alors, souvent les journalistes viennent vers les évangéliques… Ils sont interpellés et demandent : « Comment se fait-il qu’il existe encore aujourd’hui des gens qui croient en Dieu ? ». Voici quelques éléments de réponse :

Dans les années 60-70, beaucoup de sociologues pensaient que la sécularisation allait amener inévitablement les sociétés occidentales vers une sorte de sécularisme. Çà, c’est ce qui s’appelait la théorie de la sécularisation. Mais cette théorie a été invalidée par les faits, parce que les données empiriques de la sociologie démontrent qu’aujourd’hui, la sécularisation amène une forme de pluralisme religieux. Pluralisme dans le sens que nous avons aujourd’hui, une mosaïque de différentes croyances, une juxtaposition de différents systèmes de pensées. Aujourd’hui, chacun se fabrique, sur mesure, son propre système de référence, son propre ensemble de croyances, et sa propre pratique spirituelle.

Explorons, maintenant, quelques unes de ces croyances et postures face à la vie : l’humanisme, et l’écologisme.

2. Un monde pluraliste : l’humanisme

Face à l’existence, une posture classique est l’humanisme. L’humanisme, c’est une confiance souvent absolue dans le pouvoir de la raison. C’est la croyance selon laquelle nous avons le pouvoir de produire les lois selon lesquelles nous vivons. L’humanisme peut se conjuguer avec le naturalisme philosophique, selon lequel rien n’existe en dehors et au-delà du monde physique. Dans cette perspective sur la vie, nous observons souvent, dit Charles Taylor « une forme d’admiration pour le pouvoir imputé à une raison sereine, désengagée, capable de contempler le monde et la vie humaine sans illusions, et d’agir lucidement dans l’optique de favoriser l’épanouissement des êtres humains ». Dans cette perspective, « la chose la plus proche de la plénitude réside dans ce pouvoir de la raison, qui nous appartient entièrement et qui ne doit son déploiement qu’à nos actions souvent héroïques ».

C’est bien certainement le progrès constant des connaissances, des technologies, et du niveau de vie de l’humanité, qui a favorisé une telle croyance dans le potentiel humain. Mais après la Shoah, et face à l’effondrement et à la crise globale de notre monde, avec notamment le dérèglement climatique et les tensions sociales et politiques, l’heure du désenchantement a sonné.

3. Un monde pluraliste : l’écologisme

Aujourd’hui, de nombreux cadres supérieurs, à la recherche d’une vie plus sereine, changent de projet de vie, et tentent de renouer avec la simplicité. De nombreuses personnes se tournent vers la méditation pour se retrouver et se reconnecter avec leur moi profond et leur vie émotionnelle enfouie. Quelques penseurs offrent des balises pour accompagner ces cheminements. On peut penser à Fabrice Midal, et à son best-seller « Foutez-vous la paix », et à Pierre Rabhi. L’ouvrage « Vers la Sobriété heureuse » de Pierre Rabhi est le manifeste de l’association Terre et Humanisme, qui organise au sein de groupements locaux, les Colibris, des initiatives citoyennes en faveur d’un comportement humain plus sain et plus éco-responsable, respectueux des limites de l’homme et de la nature.

Beaucoup, sans être croyants, croient dans la capacité de la Nature ou de l’être humain à critiquer cette raison qui n’a plus de limite et à trouver un autre mode de vie qui permettrait de fuir cette souffrance que créée la raison autonome. Ce propos fait souvent écho à une critique d’ordre religieux de la raison moderne, désengagée et incroyante, mais il s’en distingue ce que ses sources ne sont pas transcendantes. On trouve ces dernières dans la Nature ou dans notre propre intériorité, ou dans les deux.

Charles Taylor nous parle de ce phénomène : « Contre ces manières de jouir du pouvoir autosuffisant de la raison se font jour d’autres modes d’incroyance qui, analogues à des perspectives religieuses, posent que les êtres humains, pour accéder à la plénitude, ont besoin de recevoir cette puissance d’ailleurs que de cette raison autonome. La raison qui est elle-même étriquée, aveugle aux réquisits de la plénitude, animée peut-être par une forme d’orgueil et d’hybris… La raison autonome peut tendre à la destruction, humaine et écologique, si aucune limite ne lui est imposée ».

Certaines personnes, dégoûtées par la crise du monde moderne occidental, se tournent vers les spiritualités de l’Orient, et vers une forme de panenthéïsme. Le panenthéisme, c’est le fait de voir chaque partie du monde matériel comme étant imprégné par une énergie divine, latente en toute choses, et avec laquelle nous devrions nous reconnecter par des exercices spirituels et respiratoires.

Mais il y a, au fond de chaque homme, un vide en forme de Dieu que les reconversions professionnelles, les initiatives citoyennes, les communautés alternatives, et les exercices spirituels ne pourront – dans notre perspective – jamais remplir.

Pour conclure :

Comme nous le voyons dans la parabole du fils prodigue, après avoir dépensé leurs vies dans de vaines recherches, toutes ces personnes reviendront à la maison tôt ou tard. Pourquoi cela ? Parce que vivre enfermé dans le naturalisme et dans l’écologisme, ce n’est pas une solution. À un moment donné, il y aura celles et ceux qui rentreront en eux-mêmes et dirons : « je suis en train de mourir et je veux retourner vers la maison de mon père ».

Les deux questions que je dois me poser, alors, c’est :

  • « Est-ce que je serais ce père là, qui les accueillera avec les bras tendus ? »
  • « Est-ce que nos églises seront ces endroits où, sans critique, nous pourrons les accueillir ? »

Tel est notre défi pour être témoins dans un monde sécularisé, et pluraliste.

Raphaël Anzenberger