Je crois que cela passe d’abord par le caractère du messager. Nous aimons dire que l’annonce de l’Évangile est d’abord l’œuvre du Saint-Esprit. Que la puissance se trouve dans la parole. Il n’en reste pas moins vrai que la prédication de la croix s’accomplit au travers de messagers.
Comme l’a dit Haddon Robinson : « Nous ne pouvons être séparés du message. […] Il n’existe aucun endroit où le prédicateur puisse se cacher. Même un pupitre de grande taille ne peut nous mettre à l’abri des regards… Nous avons une influence sur notre message. Nous pouvons énoncer une idée scripturaire et pourtant demeurer aussi impersonnels qu’un enregistrement téléphonique, aussi superficiels qu’une annonce à la radio ou aussi manipulateurs qu’un escroc. L’auditoire n’entend pas un sermon, il entend un prédicateur – il vous entend vous.[1] »
E.M. Bounds va dans le même sens : « L’homme, l’homme tout entier se tient derrière le sermon. […] Le sermon ne peut donner plus de vie que l’homme n’en a. Des hommes morts, étrangers à la vie de Dieu, ne peuvent donner que des sermons morts ; et ces sermons tuent. Presque tout dépend du caractère spirituel du messager.[2] »
Le message peut-être juste, biblique et percutant. Sa transmission va aussi passer l’ethos, le caractère moral du prédicateur. Ce qui explique l’insistance du Nouveau Testament sur le caractère dès lors que l’on parle de prédication. Paul insiste sur son humilité et son amour sacrificiel[3]. Il se voit comme esclave de Dieu[4] et encourage ses collaborateurs à donner par leur caractère, la crédibilité à leur message. Le prédicateur doit être centré sur Christ dans son message et refléter Christ et l’esprit de la croix au travers de la forme du message. D’où l’importance de l’humilité, l’intégrité et la simplicité du messager[5].
Humilité :
En tant qu’évangélistes, nous devons garder une posture humble, ne pas être des « moi, je sais tout » qui prennent les gens de haut. Nous ne sommes pas là pour juger nos auditeurs. Mais pour leur annoncer leur besoin désespéré de Dieu. Nous devons donc parler comme de simples porte-paroles de Christ qui est supérieur à nous. C’est sa parole qui a l’autorité. John Stott le formule très justement :
« Il est horrible de voir des êtres humains affirmer et tenter de brandir une autorité personnelle qu’ils n’ont pas. C’est tout particulièrement déplacé du haut de la chaire. Lorsqu’un prédicateur pontifie comme un démagogue de pacotille, ou se vante de son pouvoir et de sa gloire comme Nabuchodonosor sur le toit de son palais royal babylonien (Dan. 4 : 25-26), il mérite le jugement qui frappa ce despote…
L’autorité avec laquelle nous prêchons n’est inhérente ni à l’individu, ni à l’office du prédicateur ; mais suprêmement à la parole de Dieu que nous prêchons.[6] »
Intégrité :
Ne trompons pas les gens sur nous-mêmes. L’évangéliste a des combats et son coeur est marqué par le péché, comme ses auditeurs, il a besoin de la grâce. J’aime entendre dans les prédications de Billy Graham : « Billy Graham is a sinner » (Billy Graham est un pécheur), une honnêteté qui montre sa volonté de parler d’égal à égal avec les auditeurs. C’est parce que nous vivons la grâce que nous pouvons parler de la grâce. Soyons honnêtes sur notre vie chrétienne : l’Evangile ne règle pas tous les problèmes tout de suite. Oui, ceux qui se tournent vers Christ sont justifiés, mais le paradis est à venir. L’Evangile est aussi eschatologique et il serait malhonnête de prétendre que les gens n’auront plus de problème dès aujourd’hui s’ils se tournent vers Christ.
Simplicité :
Jésus était très accessible. Nous devons avoir la même attitude, notre langage doit être abordable pour que tous puissent comprendre. Parce que Dieu s’est approché, nous devons nous approcher de ceux que nous voulons gagner, dans notre look, dans notre style, dans notre vocabulaire. Nous ne prêchons pas pour nous faire plaisir ou pour faire progresser notre réputation. Nous prêchons pour répondre aux besoins des auditeurs en nous adaptant à leur capacité de compréhension. Si nous passons au dessus des auditeurs nous ne transmettons par l’Évangile. Restons simples !
[1] Haddon W. Robinson, La prédication biblique. Comment développer et apporter des messages sous forme d’exposés, Longueuil, Éditions Ministères Multilingues, 2006 , p. 17. Cité dans Bryan Chapell, Prêcher. L’art et la manière, Charols, Éditions Excelsis, 2009
[2] E. M. Bounds, Puissance par la Prière, Gramat, Éditions du C.C.B.P., 2006, p23.
[3] 1 Thes. 2 : 3-8, 11-12.
[4] 2 Cor. 6 : 3-4
[5] 2 Tim. 2 : 15-16, 22-24 et Tite 2 : 7-8.
[6] John R.W. Stott, Between Two Worlds. The Art of Preaching in the Twentieth Century, Grand Rapids, Eerdmans, 1988, p58. Cité dans Bryan Chapell, Prêcher. L’art et la manière, Charols, Éditions Excelsis, 2009, p. 96.
Philippe Monnery