Quel métier exerces-tu ?

Je suis Conseiller Principal d’Éducation dans un lycée.

Pourquoi évangéliste ?

Après avoir servi le Seigneur en tant que pasteur pendant 16 années, j’ai fini par réaliser que mon appel était davantage celui d’un évangéliste. Depuis que je suis devenu chrétien à l’âge de 18 ans, que ce soit en prédication ou par les conversations, j’ai toujours été préoccupé par l’annonce de l’Évangile. Il se trouve aussi que Dieu a rempli mon cœur du désir de créer et d’organiser des événements et des spectacles pour qu’Il puisse faire entendre son Évangile à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore.

Différence entre évangéliste et témoin ?

Tous les chrétiens sont appelés à être témoins du Christ, alors qu’être évangéliste est un ministère, un appel particulier. En plus de témoigner de sa foi par sa vie et par ses paroles, l’évangéliste est appelé à contribuer au perfectionnement des chrétiens en les accompagnant, les encourageant et les formant à l’œuvre de l’évangélisation.
Je crois également que l’évangéliste est animé par cette volonté obstinée de trouver les moyens de faire connaître l’Évangile (Éphésiens 3.9).

Pourquoi ce choix et pas celui du plein-temps ?

Je viens d’un milieu évangélique où seul le ministère de pasteur peut être soutenu par une Église ou une oeuvre. La possibilité du plein-temps, comme évangéliste, ne s’est encore jamais posée à moi. Je n’ai encore jamais entendu cet appel du Seigneur pour être à plein-temps.

Vois-tu des avantages à conjuguer les deux ?

Bien sûr ! Premièrement, je vis cela comme une immersion qui me permet d’être connecté avec la réalité de ce que vivent les gens. Je ne doute pas qu’un ministère à plein-temps puisse aussi rester en contact avec la réalité. Mais disons que pour celles et ceux qui sont dans mon cas, cela se fait automatiquement, sans qu’il y ait une démarche volontaire. Je considère comme un privilège de pouvoir apprendre à aimer au quotidien mes collègues. Tout comme la famille et l’Église, le travail nous plonge dans des relations avec des personnes que nous n’avons pas choisies. Cela donne un environnement excellent pour progresser dans la capacité à supporter et à bénir.

Est-ce que ton entourage professionnel connaît ton engagement ?

C’est assez difficile à évaluer précisément. Très peu me le font savoir, peut-être par crainte qu’une discussion ne s’engage, ou simplement par respect de cette règle qui demande à ne pas aborder les sujets religieux au travail. Cela dit, je présume que la plupart le savent, pour différentes raisons. J’ai régulièrement l’occasion d’inviter des collègues à des événements que nous organisons (cinéma conférence, concert Gospel, comédie musicale). J’ai aussi offert à plusieurs l’album consacré à l’annonce de l’Évangile, que j’ai fait en 2008. Il m’arrive parfois d’en rencontrer lors de nos évangélisations dans la rue, ou, par exemple, quand nous faisons nos concerts lors de la Fête de la Musique…
Enfin beaucoup savent qu’ils peuvent me trouver facilement sur Internet en train de prêcher ou de chanter. J’aime à penser que des collègues prennent connaissance de mon témoignage sur le site de notre Église. Les élèves aussi savent qui je suis grâce à Internet. J’ai d’ailleurs parfois des retours surprenants. Une fois c’est un élève qui faisait gentiment semblant de jouer de la guitare en me croisant dans les couloirs du lycée. Une autre fois, j’ai appris qu’un élève avait fait un montage vidéo avec mon image et le faisait tourner entre ses copains. Je n’ai que très rarement des retours directs, mais je suis heureux que celles et ceux qui me connaissent en dehors de l’Église puissent avoir l’occasion d’apprendre que je suis engagé pour la cause de l’Évangile. Ma prière et mon espoir sont que celles et ceux avec qui je travaille puissent un jour faire le lien entre les éléments du témoignage que je m’efforce d’apporter et le fait que je suis chrétien. Je n’exclue d’ailleurs pas l’idée qu’un jour un(e) de mes collègues lise cet article et apprenne ainsi que je prie pour lui (elle), pour qu’il(elle) fasse une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et qu’il (elle) soit sauvé(e).

Dirais-tu que tu témoignes ou que tu évangélises sur ton lieu de travail ?

Assurément il s’agit du témoignage, mais il participe indirectement à l’œuvre d’évangélisation. Nous avons évidemment des obligations de réserve que je respecte scrupuleusement. Je n’aborde donc pas de discussions relatives à ma foi, mais il arrive que je puisse donner mon avis chrétien sur un sujet, que je puisse parler simplement de mes activités du week-end ou de mes projets de spectacle. Mon témoignage passe évidemment par ma manière d’être et par les multiples occasions où je peux, par exemple, écouter les difficultés que traverse un(e) collègue, apporter de la bonne humeur ou encore rendre service.

Penses-tu que les chrétiens s’autocensurent ?

Dans un pays où la laïcité est davantage conçue comme un rempart contre les religions, la pression de l’injonction tacite à se taire est très forte. Il y a sans doute parfois, pour moi y compris, une part d’intimidation qui nous empêche de parler plus facilement de notre foi. L’hostilité ambiante par rapport à la religion et la méfiance légitime à l’égard des mouvements sectaires font que nous avons malheureusement tendance à nous autocensurer. Indépendamment de ce que nous avons réellement le droit ou l’interdiction de faire. Cela dépend également du milieu professionnel : les règles de la laïcité ne s’appliquent pas de la même manière dans la fonction publique que dans le privé.

Quel regard portes-tu sur ton engagement professionnel d’un point de vue chrétien ?

Étant « environné par une nuée de témoins » (!), je ressens en permanence le devoir de rendre un bon témoignage. Je vis ça comme une grâce du Seigneur, comme une aide à bien me comporter. Bien sûr, mon témoignage se situe aussi dans la qualité du travail que je fournis. Que ce soit vis-à-vis de mes supérieurs hiérarchiques comme pour l’ensemble des personnes que je sers dans le cadre de mon travail, je me dois d’accomplir avec sérieux toutes mes tâches. Avant d’être apprécié pour mon caractère et le fruit que je porte, je suis avant tout jugé sur ma capacité à bien faire mon travail. Je peux être très sympa, joyeux et serviable : si je ne fais pas bien mon travail, ces qualités perdent de leur impact. À ce sujet, j’ai assez récemment réalisé avec force l’importance d’être irréprochable. Cela fait l’objet de prières que j’adresse au Seigneur comme des supplications car le manque de rigueur est un de mes points faibles.

Penses-tu que l’activité professionnelle est abordée d’une manière saine et équilibrée en général ?

Tout ce qui contribue à placer les témoins que nous sommes au contact des gens à qui nous sommes censés témoigner est une bonne chose. C’est du bon sens ! Nous, chrétiens évangéliques, connaissons trop bien la tendance naturelle et regrettable de notre cercle d’influence à rétrécir avec le temps. Si l’activité professionnelle est vécue comme une incursion dans un territoire très dangereux où toutes sortes de dangers nous guettent, alors là je pense que c’est bien triste. Ce n’est pas en étant sur la défensive et dans la crainte que nous pouvons briller. Au contraire, un(e) chrétien(ne) doit considérer comme un privilège immense de pouvoir côtoyer toutes sortes de personnes grâce à son travail. Réalisons qu’il s’agit d’une série de défis pour lesquels le Seigneur nous accompagne ! Pour m’aider à être ce que je suis appelé à être (un témoin libéré, à défaut d’être libre !), j’ai appris combien il est important de prier pour mes collègues, comme pour chaque personne que je vais côtoyer dans la journée. L’intercession prise à cœur est réellement puissante pour accomplir l’œuvre à laquelle nous sommes appelés. C’est la clé d’une attitude responsable et intentionnelle du témoin en terrain hostile.

Damien M.