1- Le Saint-Esprit et son oeuvre

Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit, soient avec vous tous ![1]

C’est avec cette bénédiction, qui donne un magnifique aperçu du rôle du Saint-Esprit, que l’apôtre Paul termine sa seconde épître aux Corinthiens. Remarquons bien qu’il s’agit d’une formule trinitaire. Si nous voulons parler correctement du Saint-Esprit, nous devons le comprendre comme une personne de la Trinité. Le Saint-Esprit n’est pas quelque chose, mais quelqu’un ! Il est pleinement Dieu au même titre que le Père et le Fils.

Généralement, les Protestants souscrivent aux déclarations dogmatiques des quatre premiers conciles oecuméniques de Nicée (325), Constantinople (381), Éphèse (431) et Chalcédoine (451). On peut aisément remarquer, en étudiant ces déclarations de près, qu’une nette tendance se dessinait à l’époque : plusieurs cherchaient à réduire la divinité du Fils de Dieu et du Saint-Esprit. Au début du IVe siècle, l’arianisme, du théologien alexandrin Arius, limitait le Fils à une créature divine. A partir du milieu du IVe siècle et jusqu’au début du Ve siècle, le macédonianisme, de l’évêque Macédonius Ier de Constantinople (un semi-arien), refusait la divinité du Saint-Esprit et faisait de lui une créature. Ces deux hérésies ont été fermement condamnées par l’Église. Évidemment, la seconde hérésie, le macédonianisme, n’était que la conséquence logique de la première, l’arianisme : en abaissant le Fils au rang des simples créatures, ce n’était qu’une question de temps avant qu’on en fasse autant pour l’Esprit. On appelait les adeptes du macédonianisme les pneumatomaques, c’est-à-dire ceux qui combattent l’Esprit.

Des ariens et des pneumatomaques, nous en rencontrons encore aujourd’hui dans certaines sectes, mais malheureusement parfois aussi au sein des Églises chrétiennes. Nous rencontrons régulièrement des croyants qui considèrent Jésus comme un simple homme ou qui interdisent qu’on adresse une prière au Saint-Esprit.

Dénonçant l’hérésie pneumatomaque, le symbole de Nicée-Constantinople (381) déclarait :

Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père [et du Fils][2] ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes.

Les Pères ont d’emblée appelé le Saint-Esprit Seigneur, titre fort qui le place au même rang que le Père et le Fils. Ils lui attribuent une oeuvre qui ne peut provenir que d’une personne : il a parlé. En utilisant l’expression par les prophètes, les Pères désignaient évidemment les auteurs bibliques. Cela signifiait pour eux que le Saint-Esprit est le Dieu qui a inspiré les Écritures. Ils ont conjugué l’expression au passé, il a parlé, car la Révélation biblique est close. Si le Saint-Esprit parle encore, ce n’est plus de la même manière. Remarquons enfin qu’ils ont choisi d’inclure dans le symbole le culte qui doit être rendu au Saint-Esprit : avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire.

Le véritable culte chrétien ne peut en aucun cas exclure le Saint-Esprit. Si le Saint-Esprit est bel et bien Dieu, nous devons le prier et l’adorer, c’est un commandement divin[3]. S’il n’est pas Dieu, nous ne pouvons ni le prier ni l’adorer, ça serait de l’idolâtrie. Certains enseignent qu’il n’y a aucun exemple biblique de prière adressée au Saint-Esprit ni de commandement de lui parler.

Pourtant, Dieu dit clairement au prophète Ézéchiel de parler à l’Esprit et de lui adresser un prière :

Il me dit : Prophétise, et parle à l’Esprit ! prophétise, fils de l’homme, et dis à l’Esprit : Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu’ils revivent ![4]

Dans les Écritures, à chaque fois que Dieu est prié, adoré ou glorifié, le Saint-Esprit l’est également car il est Dieu et, avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire. Le Père est dans le Fils et dans l’Esprit. Le Fils est dans le Père et dans l’Esprit. L’Esprit est dans le Père et dans le Fils. C’est ce que les chrétiens orientaux ont appelé la périchorèse (ou circumincession, à partir du latin). Il s’agit de la danse tournoyante des personnes de la Trinité qui résident les unes dans les autres et se cèdent mutuellement la place.

Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi ; croyez du moins à cause de ces œuvres[5].

En parlant du jour où le Saint-Esprit (le Consolateur) serait donné aux disciples, Jésus dit :

En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous[6].

Jésus va jusqu’à prier pour que nous soyons inclus dans le communion intime de la Trinité :

…afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé[7].

Quand nous parlons à une personne de la Trinité, nous parlons à toutes, car Dieu est un et les trois personnes habitent les unes dans les autres. Être en présence de l’une, c’est être en présence de toutes et c’est être en présence de Dieu. Dieu est Un. Qu’on s’adresse au Père, au Fils ou au Saint-Esprit, c’est le même Dieu. Les personnes de la Trinité ne sont pas jalouses les unes des autres.

Il ne faut donc pas que le Saint-Esprit soit le parent pauvre de la Trinité. Nous devons lui accorder le même accueil qu’on accorde à Jésus et au Père. Nous devons lui accorder la même gloire et la même adoration. Nous devons le considérer comme une personne. C’est étonnant que ceux qui mettent le plus l’accent sur l’Esprit le traitent parfois comme une chose : un fluide ou une énergie qui se manipule ! Nous devons éviter de l’attrister[8], de lui résister[9], ou de l’éteindre[10].

Si les personnes de la Trinité sont un seul et même Dieu, elles ont tout de même des fonctions différentes. La fonction du Saint-Esprit est d’assurer la communion (koinonia en grec, qui signifie participation, partage, intimité, générosité) :

Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit, soient avec vous tous ![11]

Le Saint-Esprit est Dieu qui se donne généreusement en partage. Le Saint-Esprit est Dieu qui nous relie à lui dans l’amour. Le Saint-Esprit est Dieu qui nous introduit dans son intimité.

Si c’est important d’avoir une relation avec Jésus pour pouvoir recevoir de lui le salut, la rédemption, le pardon et la vie éternelle, il faut avoir une relation avec l’Esprit Saint pour qu’il puisse jouer son rôle dans notre vie.

Dans le Nouveau Testament, on peut voir que le Saint-Esprit :

convainc le monde de péché, justice et jugement (Jean 16:8)

– nous révèle l’amour de Dieu (Rom. 5:5)

– nous fait naître de nouveau (Jean 3, Tite 3:5)

– illumine les yeux de nos cœurs (Éph. 1:17-18)

nous sanctifie (2 Th. 2:13, 1 Pierre 1:2)

– produit en nous le fruit de l’Esprit (Galates 5:22)

– nous équipe de dons pour servir (1 Cor. 12:11)

Globalement, nous pouvons dire que le Saint-Esprit nous communique ce que Dieu veut nous donner. Il est Dieu qui vient vers nous pour nous relier à lui et nous partager ce qui lui appartient.

Jésus décrivait ainsi le ministère du Saint-Esprit :

Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera[12].

Le Saint-Esprit ne parle pas de lui-même. Il prend ce qui à Jésus et il nous le donne, c’est-à-dire tout ce que le Père a donné à Jésus. Le Saint-Esprit glorifie Jésus en prenant de ce qui est à lui et en nous l’annonçant. Sa fonction envers nous est le partage, la communion. Il ne peut pas y avoir de communion sans communication. Si nous n’accordons pas davantage de place à l’œuvre de l’Esprit au milieu de nous, nous interrompons la communication. Si nous coupons la communication, nous pensons peut-être connaître Dieu, mais nous confondons savoir et connaître. On peut savoir avec la tête sans connaître avec le cœur. La vie spirituelle n’est pas seulement faite de savoirs, mais elle est surtout intimité avec Dieu.

Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ[13].

La vie éternelle est la connaissance intime de Dieu, pas un simple savoir, mais une communion réelle. Cette connaissance intime est exactement l’œuvre du Saint-Esprit. Il est nécessaire que nous grandissions dans notre intimité avec Dieu et cela passe forcément par une relation plus approfondie avec l’Esprit de Dieu.


[1] 2 Cor. 13:14, NEG.

[2] La formule “et du Fils” sera rajoutée plus tard et provoquera le schisme entre l’Occident et l’Orient.

[3] “Jésus lui répondit: Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.” (Luc 4:8, NEG)

[4] Ézéchiel 37:9, NEG.

[5] Jn. 14:11, NEG.

[6] Jn. 14:20, NEG.

[7] Jn. 17:21, NEG.

[8] “N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption.” (Eph. 4:30, NEG).

[9] « Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d’oreilles ! vous vous opposez toujours au Saint-Esprit. Ce que vos pères ont été, vous l’êtes aussi.” (Actes 7:51, NEG).

[10] “N’éteignez pas l’Esprit.” (1 Thess. 5:19, NEG).

[11] 2 Cor. 13:14, NEG.

[12] Jn. 16:13-15, NEG.

[13] Jn. 17:3, NEG.

2- La vie par l’Esprit

Dans la Trinité, le Saint-Esprit est Dieu qui se communique à nous. L’Esprit est l’agent de la communion. Il nous révèle et nous partage le Christ et, à travers lui, le Père. Nous disions, selon Jean 16, que le Saint-Esprit ne parle pas de lui-même, mais qu’il glorifie toujours le Fils et nous communique ce que le Fils a reçu du Père.

Avoir une profonde relation avec le Saint-Esprit est donc indispensable et nous devrions y consacrer du temps. Connaître intimement l’Esprit qui vivifie n’est pas une option. Sans lui, nous serions réduits à vivre de la vie de la chair :

C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert à rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et vie[1].

L’apôtre Paul nous apprend que les meilleures choses de Dieu nous sont révélées par l’Esprit et qu’il est impossible de les connaître sans l’Esprit. Dieu nous a donné son Esprit afin que nous puissions connaître les choses qu’il nous a données dans sa grâce :

Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Qui donc, parmi des hommes, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce[2].

Sans relation avec le Saint-Esprit, il est impossible de connaître quoi que soit de Dieu et de ce qu’il nous donne par grâce. Le Saint-Esprit nous communique sur terre ce que Jésus possède pour nous dans le ciel. Notre intimité avec le Fils de Dieu passe par la communion avec le Saint-Esprit. Il n’est pas possible de connaître Jésus sans connaître le Saint-Esprit et, si nous voulons grandir dans notre communion avec Jésus, il nous faut nécessairement grandir dans notre communion avec l’Esprit. Connaître l’un, c’est connaître l’autre.

Jésus a quitté la terre, voici bientôt 2000 ans. Il est monté au ciel où il siège à la droite du Père jusqu’à ce que tous ses ennemis soient sous ses pieds. Jésus nous a laissés. L’absence du Fils était déjà une triste nouvelle pour les disciples eux-mêmes :

Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Cependant je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai[3].

Mais Jésus leur apprenait aussitôt que derrière cette mauvaise nouvelle se cachait une bonne. Son absence serait un grand avantage pour eux : le consolateur viendrait remplir le vide laissé par son absence. Dans le même évangile, Jésus parle de l’Esprit comme un autre consolateur, impliquant par là que le statut de l’Esprit est semblable au sien :

Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous[4].

Jésus sera absent à partir de son ascension, mais tout de même présent, à travers la venue du Saint-Esprit. Quand Jésus dit que là où deux ou trois sont assemblés en son nom, il est au milieu d’eux[5], il veut parler de sa présence par le Saint-Esprit. L’absence physique du Christ à nos côtés est toujours un sujet de douleur pour nous. Ainsi, l’Écriture indique qu’il y a une certaine distance entre nous le Christ jusqu’à son retour :

…nous savons qu’en demeurant dans ce corps nous demeurons loin du Seigneur[6].

…aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur[7].

Simon Pierre lui dit: Seigneur, où vas-tu? Jésus répondit : Tu ne peux pas maintenant me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard[8].

Et l’Esprit et l’Épouse disent: Viens[9].

Lors de l’ascension de Jésus, les disciples restaient là à regarder le ciel. Les anges ont dû les congédier tout en leur rappelant qu’un jour il reviendrait[10].

L’absence de Jésus est un sujet de tristesse dont le Saint-Esprit nous console, car son départ nous a été avantageux. Beaucoup de chrétiens donneraient beaucoup pour pouvoir marcher quelques heures aux côtés de Jésus quand il était sur terre. Et pourtant, nous avons mieux !

Si le Saint-Esprit est l’autre consolateur, c’est qu’il accomplit pour les disciples ce que le premier consolateur faisait pour eux. Le terme grec traduit par consolateur est PARAKLÈTOS. Il signifie défenseur, aide, soutien, consolateur, guide, avocat. C’est le même terme qui est utilisé par Jean pour décrire le rôle du Christ dans le ciel :

Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat [paraklètos] auprès du Père, Jésus-Christ le juste[11].

Le Saint-Esprit fait pour nous sur terre ce que Jésus fait pour nous au ciel. C’est en cela qu’il ne parle pas de lui-même, mais qu’il nous communique simplement ce que Jésus a reçu du Père pour nous. Ainsi, l’Écriture décrit son activité en ces termes :

– il est Dieu présent en nous : “il sera en vous” (Jean 14:17)

– il est Dieu qui nous rend la vie : “C’est l’Esprit qui vivifie” (Jean 6:63)

– il est Dieu qui nous enseigne la vérité : “conduira dans toute la vérité” (Jean 16:13)

– il est Dieu qui nous console, nous défend et nous guide : “paraclet” (Jean 14:16-18 ; 16:6-7)

– Il est Dieu qui intercède en nousintercède par des soupirs inexprimables” (Rom. 8:26)

La liste n’est pas exhaustive.

Si nous voulons bénéficier de tout l’avantage d’avoir le Consolateur avec nous et en nous, il nous faut lui accorder la place qu’il mérite. Puisqu’il est l’autre consolateur, accomplissant l’œuvre de Jésus en nous, pour nous et à travers nous, nous devrions lui accorder le même accueil qu’à Jésus.

Le premier domaine où nous devrions apprendre à vivre par l’Esprit est la prière.

L’Écriture affirme que Jésus, au ciel, prie pour nous :

Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ![12]

L’Esprit de Dieu, lui aussi, prie pour nous à l’intérieur de nos cœurs :

De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs connaît la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints[13].

Le Saint-Esprit fait pour le chrétien sur terre ce que Jésus fait pour lui auprès du Père. Ce que Jésus prie au ciel, le Saint-Esprit le prie pareillement sur terre. Il n’y a jamais de contradictions en Dieu.

Apprendre à prier nécessite beaucoup d’humilité. La vie de prière commence quand nous nous rendons compte que nous ne savons pas prier par nous-mêmes :

De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières[14].

Notre erreur est de penser que nous savons prier ! Or, l’Écriture affirme le contraire. Cela explique partiellement pourquoi si peu de nos prières sont exaucées : nous prions mal. Nous n’avons pas appris à aligner nos prières sur la volonté de Dieu.

L’Écriture nous apprend que Dieu ne fait généralement que sa propre volonté :

Pourquoi les nations diraient-elles : Où donc est leur Dieu ? Notre Dieu est au ciel, Il fait tout ce qu’il veut[15].

Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée, quelle qu’elle soit[16].

Dieu n’exauce généralement que les prières qui s’alignent avec sa volonté. La bonne nouvelle est que Jésus prie pour nous dans le ciel et, lui, il est toujours exaucé :

Et Jésus leva les yeux en haut, et dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. Pour moi, je sais que tu m’exauces toujours[17]

Prier ne consiste donc pas à organiser une réunion de prière rivale de celle de Jésus dans le ciel, mais à pénétrer humblement dans sa réunion de prière et aligner nos prières sur les siennes. Prier vraiment, c’est prier avec Jésus. Si nos prières s’alignent sur celles du Christ, nous serons toujours exaucés ! C’est ainsi que la volonté de Dieu s’accomplit sur terre comme elle est au ciel[18].

Comment pouvons-nous savoir quelle est la volonté de Dieu et comment prier ? C’est là que le Saint-Esprit vole à notre secours. Il intercède en nous, par des soupirs inexprimables, toujours selon la volonté de Dieu[19].

Il n’y a ni contradiction ni rivalité entre Jésus et le Saint-Esprit. Ce que Jésus prie au ciel, le Saint-Esprit le prie pareillement dans nos cœurs. Entrer dans la réunion de prière de Jésus revient à entrer dans la réunion de prière du Saint-Esprit à l’intérieur de nous. Pour un chrétien, prier consiste à écouter avant de parler, à écouter les soupirs du Saint-Esprit et à tenter de donner expression aux impressions qu’il imprime sur nos cœurs. Dans la mesure où notre communion avec le Saint-Esprit grandira, nous parviendrons à articuler de mieux en mieux ses prières, qui sont aussi celles de Jésus pour nous. Ainsi, nous saurons qu’il nous écoute et que nous possédons la chose que nous lui avons demandée, quelle qu’elle soit[20].

La vie par l’Esprit commence dans la prière, dans l’intimité avec Dieu. Si nous apprenons à écouter le Saint-Esprit et à lui obéir, nous entrerons plus profondément dans l’intimité de Dieu, nous pénétrerons plus avant dans la réunion de prière de Jésus au ciel et nous verrons toujours davantage son règne se manifester sur la terre.


[1] Jn. 6:63, NEG.

[2] 1 Cor. 2:9-12, NEG.

[3] Jean 16:6-7, NEG.

[4] Jean 14:16-18, NEG.

[5] Matt. 18:20, NEG.

[6] 2 Corinthiens 5:6, NEG.

[7] 2 Corinthiens 5:8, NEG.

[8] Jean 13:36, NEG.

[9] Apo. 22:17, NEG.

[10] Actes 1:9-11, NEG.

[11] 1 Jean 2:1, NEG.

[12] Rom. 8:34, NEG.

[13] Rom. 8:26-27, NEG.

[14] Romains 8:26-27, NEG.

[15] Psaume 115:2-3, NEG.

[16] 1 Jean 5:14-15, NEG.

[17] Jean 11:41-42, NEG.

[18] Matthieu 6:10.

[19] Romains 8:26-27, NEG.

[20] 1 Jean 5:14-15.

3- L’évangélisation et la puissance de l’Esprit

Jésus et le Saint-Esprit sont inséparables. Jésus est le Christ, c’est-à-dire l’oint de Dieu. A aucun moment de sa vie sur terre, Jésus a-t-il été sans l’Esprit. Il naît par l’action du Saint-Esprit[1]. Cette onction qu’il portait s’est manifestée visiblement lors de son baptême par Jean Baptiste[2]. Il était revêtu de la puissance de l’Esprit et cela le rendait célèbre[3] car, partout où il allait, cette puissance lui permettait de secourir les hommes malades et opprimés[4]. C’est aussi par l’Esprit que Jésus a opéré notre rédemption en son sang[5] et par l’Esprit qu’il est ressuscité d’entre les morts[6]. C’est encore par le Saint-Esprit que Jésus continue de publier sa Bonne Nouvelle, écrite sur le cœur des chrétiens[7] et qu’il continue de venir au secours des hommes au travers des dons de l’Esprit[8] qu’il a donnés à l’Église, son Corps sur terre[9]. A travers l’Esprit qui anime Église, Jésus continue de prêcher et d’appeler tous les hommes à se laisser réconcilier avec Dieu[10].

Puisque le Christ et l’Esprit sont inséparables, il faut se méfier de ceux qui mettent l’accent sur Jésus au détriment du Saint-Esprit, mais aussi de ceux qui mettent l’accent sur l’Esprit au détriment de Jésus. Toutes les oeuvres que Jésus fait pour nous sont faites par le Saint-Esprit et le Saint-Esprit ne fait rien pour nous qui ne soit l’œuvre de Jésus. Depuis le début de la création, Dieu agit toujours à la fois par sa Parole créatrice qui pénètre et façonne la réalité et par son Esprit qui couvre et vivifie la réalité.

Puisque toutes les oeuvres du Christ sont inséparables de l’action du Saint-Esprit, il faut nécessairement que les chrétiens marchent comme leur maître a lui-même marché : conduits par l’Esprit de Dieu[11]. Développer une profonde relation avec l’Esprit de Dieu est donc une nécessité pour chaque chrétien. Le Père a tout donné à son Fils et le Fils communique tout ce qu’il a reçu à l’Église par le Saint-Esprit. En effet, nous avons vu que le Saint-Esprit ne parle pas de lui-même mais ne fait que prendre ce qui est à Jésus pour nous le révéler et nous l’appliquer.

Nous pouvons donc affirmer qu’une personne, aussi religieuse soit-elle, qui ne connaît pas intimement la personne du Saint-Esprit ne peut pas non plus connaître Jésus. Et toute personne, aussi religieuse soit-elle, qui ne connaît pas intimement la personne du Saint-Esprit n’est pas vraiment conduite par Dieu. Nous pouvons encore conclure que plus nous voulons développer une profonde intimité avec Jésus, plus il nous faut développer une profonde intimité avec l’Esprit de Dieu.

L’apôtre Paul nous exhorte, nous qui vivons par l’Esprit, à marcher aussi selon l’Esprit[12]. C’est donc qu’il est possible de vivre par l’Esprit sans marcher selon lui. Les véritables enfants de Dieu se laissent conduire par l’Esprit de Dieu[13]. Notre manque d’efficacité dans le ministère de l’Évangile est souvent dû au fait que nous agissons comme nous le désirons sans tenir compte de la direction du Saint-Esprit. Nous ne le faisons pas par méchanceté ou par rébellion mais plus souvent par ignorance. Beaucoup de chrétiens sont ignorants quant aux choses de l’Esprit et cela n’est jamais la volonté de Dieu[14]. Nous pouvons parfois avoir peur de nous laisser conduire par l’Esprit. Nous pouvons avoir peur de nous tromper ou de perdre le contrôle. Cependant, dès lors que nous marchons sans la direction du Saint-Esprit, nous nous trompons déjà. Certains préfèrent ne pas prendre le risque de se laisser conduire par le Saint-Esprit par peur d’une éventuelle séduction. Malheureusement, la meilleure manière de s’égarer est justement de ne pas se laisser conduire par l’Esprit de Dieu.

Jésus n’enseignait pas à ses disciples les principes du leadership, comment devenir de bons conducteurs. Il leur apprenait à se laisser conduire. C’est pour cela qu’ils étaient des disciples et que Jésus leur demandait, depuis le début, de le suivre[15]. Même après sa résurrection, il les avertissait qu’il les précéderait encore[16]. Jean-Baptiste lui-même, le grand précurseur de Jésus, l’appelait celui qui précède[17]. Nous devons laisser Jésus nous précéder et nous conduire. On ne peut pas être un bon conducteur sans avoir appris à se laisser conduire. C’est par le Saint-Esprit que Jésus conduit désormais son troupeau[18]. Quand nous nous laissons conduire par le Saint-Esprit, nous sommes protégés des séductions du malin. Le prophète Ésaïe disait : “Quand l’Ennemi viendra comme un fleuve, l’Esprit de l’Éternel le mettra en fuite[19].” Nous devons avoir confiance en la capacité du Consolateur de nous conduire. Un chrétien est plein de confiance car l’Esprit est bien meilleur guide que le diable n’est bon séducteur. Beaucoup ont malheureusement davantage confiance en la capacité du diable de les séduire qu’en la capacité de Dieu de les conduire.

Vivre sous la conduite du Saint-Esprit peut être un style de vie déconcertant car l’Esprit souffle où il veut et ceux qui sont nés de l’Esprit marchent pareillement[20]. Il n’y a pas de méthode pour être conduit par l’Esprit. Il faut tout simplement avoir une relation personnelle et intime avec lui. Cela implique qu’il faut être prêt à prendre un risque, le risque d’obéir à Dieu plutôt qu’à nos propres pensées. Beaucoup de chrétiens préfèrent faire le bien qu’ils savent plutôt que de s’abandonner à la direction de l’Esprit. En pareil cas, on risque fort, en fin de compte, d’avoir fait beaucoup de bonnes choses dans notre vie sans avoir vraiment accompli la volonté de Dieu pour nous.

Si l’Église est le Corps de Christ sur terre et que Jésus en est la Tête dans les cieux, le Saint-Esprit est celui qui relie le Corps à la Tête. Une Église qui ne se laisse pas conduire par l’Esprit de Dieu risque vite de ressembler à un poulet décapité qui court au hasard, pensant bien faire, mais très peu efficace.

Sans relation véritable avec le Saint-Esprit, nous restons complètement aveugles quant à la volonté du Seigneur. Il est donc nécessaire de développer activement une relation avec l’Esprit. Il nous faut nous tourner vers lui et volontairement le laisser gouverner nos vies, notre ministère et nos Églises. L’apôtre parlait de cette relation avec l’Esprit en ces termes :

Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leur cœur; mais lorsque les cœurs se tournent vers le Seigneur, le voile est ôté. Or, le Seigneur c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous dont le visage découvert reflète la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur[21].

On pourrait penser, en lisant superficiellement ce texte, que le voile d’aveuglement disparaît dès lors qu’on devient chrétien, c’est-à-dire qu’on place notre confiance en Jésus. Mais Paul précise que le Seigneur auquel il nous faut nous convertir est l’Esprit ! Il ajoute que ce n’est que là où l’Esprit est accepté comme Seigneur qu’il y a la véritable liberté chrétienne. C’est dans la communion et la direction du Saint-Esprit qu’un chrétien peut véritablement expérimenter la liberté et la transformation glorieuse à l’image du Seigneur. En disant que ce n’est que là où est l’Esprit du Seigneur qu’il y a la liberté, Paul ne veut pas dire qu’il y a une limite à l’omniprésence du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est partout, mais sa seigneurie n’est pas reconnue et accueillie partout. Si nous voulons vraiment vivre une vie conduite par l’Esprit de Dieu, nous avons besoin de nous tourner résolument vers lui, de le considérer comme une personne et non une chose, de l’adorer comme Dieu, de l’accueillir comme nous accueillons le Père et le Fils. Sous sa direction, nous deviendrons réellement libres. Non pas libres de faire ce que nous voulons, mais libres d’accomplir la volonté de Dieu. Nos visages seront dévoilés et nous pourrons connaître la pensée du Seigneur pour nous et contempler sa gloire.

En pratique, il nous faut apprendre à constamment nous tourner vers l’Esprit, c’est-à-dire à rediriger l’attention de notre cœur vers sa présence et sa pensée. Ceci est absolument indispensable si nous voulons laisser la volonté de Dieu s’accomplir sur terre à travers notre vie. Quand nous refusons de céder au Saint-Esprit, nous interrompons, consciemment ou non, la cascade de grâce et de puissance qui descend depuis le trône de Dieu. Vivre une vie de puissance consiste à devenir transparent à la volonté de l’Esprit, à lui obéir en toutes choses et à se laisser constamment conduire par lui.

Dans son ministère terrestre, Jésus n’accomplissait pas sa propre volonté, il ne faisait rien si ce n’est ce qu’il voyait faire au Père, il ne parlait jamais de lui-même, mais ne disait que ce qu’il entendait au Père[22], à tel point que celui le voyait pouvait voir le Père[23]. Jésus était transparent au Père.

Nous avons déjà vu que le Saint-Esprit agit pareillement vis-à-vis de Jésus. Il ne parle pas de lui-même, il ne fait que prendre ce que Jésus a reçu du Père pour nous le transmettre. Le Saint-Esprit est donc transparent à Jésus. Le Saint-Esprit parle de la part de Jésus, il le révèle et le glorifie toujours.

C’est une véritable cascade de révélation. Le Père est celui qui est révélé, le Fils est sa révélation et le Saint-Esprit est son révélateur. Sans révélateur, il n’y a pas de révélation et sans révélation, Dieu n’est pas révélé.

Le chrétien doit apprendre à devenir transparent à l’Esprit de Dieu, c’est-à-dire à ne pas parler de lui-même, à ne pas agir de lui-même, mais à laisser l’Esprit de Dieu agir et parler au travers de lui. Les premiers chrétiens jouissaient d’une communion telle avec le Saint-Esprit qu’il réfléchissait avec eux et parlait par eux :

Car il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d’autre charge que ce qui est nécessaire[24].

Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés[25].

Quand le chrétien accepte la seigneurie du Saint-Esprit sur sa vie, il se laisse conduire par lui et le laisse parler à travers lui. De cette manière, la cascade de grâce et de puissance qui coule du cœur de Dieu jaillit dans ce monde sans interruption. Le Père manifeste sa grâce et sa puissance par son Fils, le Fils les manifeste par l’Esprit et l’Esprit les manifeste à travers nous ! En pratique, nous avons besoin d’apprendre à obéir spontanément aux instructions de l’Esprit de Dieu, et cela implique un risque, le risque de la foi. L’intimité avec le Saint-Esprit élimine l’hésitation de nos cœurs, comme ce fut le cas pour l’Apôtre Pierre : “L’Esprit me dit de partir avec eux sans hésiter[26].”

Il nous faut tout simplement dès maintenant apprendre à faire de la place au Saint-Esprit dans notre vie spirituelle. Considérons-le comme une personne, comme Dieu lui-même. Faisons lui confiance et laissons-nous conduire par lui. En toute humilité, commençons à donner expression aux impressions qu’il dépose dans nos cœurs. Le résultat sera surprenant !


[1] Luc 1:35, NEG.

[2] Luc 3:22, NEG.

[3] Luc 4:14, NEG.

[4] Actes 10:38, NEG.

[5] Héb. 9:14, NEG.

[6] Rom. 8:11, NEG.

[7] 2 Cor. 3:3, NEG.

[8] Éph. 4:7, NEG ; 1 Cor. 12:4-7, NEG.

[9] Éph. 1:22-23, NEG.

[10] 2 Cor. 5:20, NEG.

[11] Rom. 8:14, NEG.

[12] “Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit.” (Gal. 5:25, NEG)

[13] Romains 8:14-16, NEG.

[14] 1 Cor. 12:1.

[15] Marc 2:14 ; Matthieu 16:24.

[16] Marc 14:28.

[17] Jean 1:15, 30.

[18] Jean 16:13.

[19] Ésaïe 59:19.

[20] Jean 3:8.

[21] 2 Corinthiens 3:15-18, NEG.

[22] Jean 5:19, Jean 5:30, Jean 8:28.

[23] Jean 14:9.

[24] Actes 15:28, NEG.

[25] Actes 13:2, NEG.

[26] Actes 11:12, NEG.