Ce n’est pas en Égypte, mais au Malawi que j’ai entendu parler pour la première fois de la pyramide de Lwesya. Enson Lwesya, vice-président du séminaire des Assemblées de Dieu à Lilongwe, était l’invité du premier Forum des Évangélistes de l’Afrique du Sud. Son thème : « Comment démultiplier l’impact de notre évangélisation ? » À partir de ses recherches sur la formation théologique, Lwesya propose de réfléchir à la nomenclature des ministères d’évangélistes à partir d’une pyramide pour mieux saisir les enjeux d’une démultiplication de nos efforts d’évangélisation. En voici une présentation, reproduit avec sa permission. Dans la pyramide des évangélistes, il y a quatre niveaux nous dit Lwesya :
Les évangélistes de masse, sont ceux connus du grand public : Billy Graham, Reinhard Bonnke, Luis Palau, Becky Pippert, Ravi Zacharias. Par leur ministère, ils ont non seulement touché des millions de vies, mais aussi suscité beaucoup de vocations.
Les évangélistes reconnus, sont ceux qui ont suivi une formation ou qui sont accrédités par leur organisation comme évangéliste. L’association Billy Graham par exemple, a travaillé avec un grand nombre d’associés et étend aujourd’hui son influence sur la toile au travers d’évangélistes « internet ».
Les évangélistes locaux, sont ceux qui exercent leur ministère dans l’anonymat et la discrétion. Pas de certificat ou de page Facebook, mais un ministère riche et efficace. Bien souvent, ils ne se reconnaissent pas comme évangéliste. « Je ne suis pas Billy Graham ! » nous disent-ils.
Les témoins, c’est nous tous, évangélistes ou non, appelés à rendre témoignage de l’espérance qui est en nous (1 Pi 3.15, Col 4.6).

Lwesya observe que plus on monte dans la pyramide :
• Moins on trouve d’évangélistes. Tout le monde n’est pas Billy Graham. Malgré l’envie, force est de constater que seul une poignée exerce aujourd’hui un ministère de masse. Nous rendons grâce à Dieu pour ces hommes et femmes qui proclament le nom de Jésus de manière puissante !
• Plus il faut de temps pour se former. Entre trois et cinq ans, à temps plein le plus souvent.
• Plus il faut lever de fonds pour porter ces ministères. Pour certains, cela se chiffre en millions d’euros !
• Plus le suivi des convertis est difficile. Ce n’est plus un secret. Nous savons que seul 10% en moyenne de ceux qui répondent à un appel lors d’une évangélisation de masse poursuivent leur cheminement spirituel jusqu’à l’intégration dans une Église locale. C’est là l’une de nos plus grandes frustrations !
• Plus le risque de déconnexion avec la base est grand. C’est un paradoxe. Le bureau, les responsabilités, la chaire, la gestion d’une œuvre d’évangélisation peuvent nous éloigner émotionnellement et physiquement de ceux que Dieu nous appelle à gagner.
À partir de ce constat, Lwesya avance que la clé pour la démultiplication de l’évangélisation dans un pays est le déploiement des deux premiers niveaux de la pyramide. Sa thèse : « Plus les évangélistes locaux seront reconnus et formés, plus ils pourront à leur tour former les saints à mieux témoigner, plus l’Évangile pénétrera dans toutes les couches de la société ».
Lwesya ne propose pas de moratoire sur les deux derniers niveaux de la pyramide (évangélistes reconnus et de masse). Au contraire. Cependant il met en garde contre la tentation des sociétés missionnaires et œuvres d’évangélisation de prétendre à elles seules, pouvoir accomplir toute la tâche. Cette clé pour la démultiplication, il l’applique dans son contexte des Assemblées de Dieu au Malawi. Le résultat : plus d’évangélistes locaux formés, plus de témoins équipés pour le témoignage, une démultiplication des formes d’évangélisation, une croissance des Églises locales et de nouveaux projets d’implantations !
La présentation de Lwesya a été pour moi une révélation. Il mettait le doigt sur une évolution que nous avions nous-mêmes constatée au sein de France Évangélisation. Le programme des Associés, le R2E, et maintenant le M2E, ont eu pour vocation de démultiplier les évangélistes locaux. Certains ont rejoint par la suite les rangs de FE comme évangélistes permanents. Nous avions donc vu juste !
En même temps, je reconnaissais une certaine tension, voir une tentation de « classer » les ministères au sein de FE : les évangélistes, les associés, les R2iens, les membres de notre AG, etc. Avons-nous inconsciemment créé une « hiérarchie » des ministères ? Avons-nous heurté des frères et sœurs qui ont souffert de cette comparaison volontaire ou involontaire ? Je le crois, pour l’avoir entendu ici et là. Alors nous vous demandons pardon. Pardon d’avoir hiérarchisé ce que Jésus a donné avec tant de générosité à l’Église. Certes cette pyramide nous aide à visualiser les différentes catégories d’évangélistes, mais elle ne doit pas nous encourager à segmenter le ministère d’évangéliste et opposer plein-temps à non plein-temps, formés théologiquement et non-formés, prédicateurs et non-prédicateurs.
Raphaël Anzenberger