Nous évangéliques, sommes au moins d’accord sur un fait : L’Évangile est le seul message qui sauve. Jusque là, rien à redire. Maintenant, allez faire le tour de quelques communautés évangéliques, en région parisienne par exemple, et écoutez attentivement les prédications. Vous découvrirez que nous sommes loin d’être unanimes sur le contenu du message. La tentation du Jésus + quelque chose est d’actualité dans notre monde évangélique. Nombre de pasteurs, d’évangélistes et prédicateurs ont succombé à la mode du Jésus +.


Concrètement, 3 tendances majeures se dessinent :

1. Jésus + la prospérité

Courant septembre, alors que je donnais un cours à l’Institut biblique de Nogent, j’en ai profité pour visiter l’Église Charisma à Saint-Denis. Cette communauté ne passe pas inaperçue. Imaginez : près de 12 000 fidèles se pressent chaque week-end dans un des lieux de cultes. Le message était donné ce jour-là par un des bras droits du pasteur principal. Au menu une bonne heure de prédication avec de très bonnes choses. De nombreux versets de l’Écriture ont été cités. Il a été question de repentance. De restitution même. De mise en ordre de sa vie devant Dieu et devant les hommes. Du Christ qui apportait la vie. Et puis, subitement, quinze minutes avant la fin du message, changement de ton. « Christ va vous faire prospérer… » lance le pasteur. Vous allez trouver un mari mesdames ! Des amen fusent de partout. Et vous messieurs, vous aurez enfin le salaire que vous méritez et la belle voiture dont vous rêvez ! Dommage car les trois quarts du message étaient bon.

Vous l’avez compris. L’Évangile de la prospérité c’est le Jésus + la santé + la réussite et surtout + la richesse.

Mais attention ! Veillons à ne pas trop vite jeter l’anathème. Parce que Jésus + la prospérité ne se retrouve pas que dans cette Église ou dans certaines communautés issues de l’immigration. Jésus + la prospérité se retrouve aussi dans des communautés évangéliques traditionnelles. Sur les lèvres d’anciens, de pasteurs, de frères et sœurs. Certes leur discours ne sera pas aussi enflammé, radical, exubérant. Il sera plus subtil. Dosé. Du style « Viens à Jésus, tu verras c’est génial. Grâce à lui j’ai trouvé un conjoint. Un travail. Et je suis béni. Tu devrais essayer… » Tiens, cela ressemble étrangement à ce que j’ai entendu quelque part en septembre dernier…

2. Jésus + le double effet kiss cool

Qui ne connaît pas le bonbon Kiss cool ? Ce petit bonbon blanc carré parsemé de points bleus. Vous éprouvez non seulement du plaisir à le manger mais en plus quelle fraîcheur ! Vous devenez fréquentable à moins de 20 cm !

« Jésus + le double effet Kiss cool » c’est l’effet supplémentaire que produit le Christ dans la vie d’une personne. Jésus sauve, pardonne, accorde une vie nouvelle. Mais Jésus apporte aussi la paix. Il permet de marcher dans la victoire. D’être bien dans sa peau. Béni. De se réaliser, de se développer intérieurement, de mieux gérer les conflits, les relations. Ça c’est le double effet Kiss cool.

Dans un contexte où les personnes ne sont pas toujours réceptives au simple Évangile, bien des chrétiens et prédicateurs peuvent être tentés de se focaliser sur les effets induits de la foi chrétienne plutôt que sur le message essentiel. Je me rappelle d’un temps où je me suis trop focalisé sur le double effet Kiss cool. Les résultats étaient aussi à l’image de cet effet : ils ne duraient pas bien longtemps. Un jour, l’Esprit m’a parlé. J’ai décidé de réorienter mon message. Et de laisser tomber le double effet Kiss cool. J’ai redécouvert que l’effet Jésus seul était amplement suffisant.

3. Jésus + « je devrais »

Exemples :

• « Je devrai » vraiment faire confiance à Jésus pour être sauvé. Mais « je devrai » aussi lire la Bible, prier, me consacrer davantage, venir plus souvent à l’église.

• Tu veux être sauvé(e) ? « Tu devrai » croire. Mais « tu devrai » aussi changer ta vie, ne plus écouter cette musique, te comporter autrement avec tes proches. Et puis t’as vu ton look, « tu devrai » changer, ne plus fumer, « tu devrai » arrêter de jurer aussi… « tu devrai » venir chez nous.

Et pourquoi pas, te faire circoncire pendant qu’on y est ! Jésus + « je devrai » est une plaie. C’est un tueur de l’Évangile. Jésus + « je devrai » est tout aussi grave que Jésus + la prospérité. Surtout ne dites rien. Beaucoup ne le savent pas.

Le message de l’Évangile, comme le rappelait récemment le pasteur Gilles Boucomont est simple. Le Royaume de Dieu s’est approché. Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.

Emmanuel Maennlein