Quel est, ou a été, dans ton introduction au ministère le rôle d’aînés, de mentors ?
Je crois que mon introduction au ministère s’est produite au moment où j’ai décidé de servir Dieu, sans pour autant être conscient du don que j’avais reçu. Celui-ci a débuté lorsque je me suis mis naturellement au service de celui que je reconnaissais comme mon Seigneur.
C’est dans cette petite Église locale des quartiers Sud de Marseille que j’ai commencé à côtoyer des chrétiens. Sammy faisait partie des responsables et nous passions du temps ensemble. Je me souviens que parfois nous allions… au supermarché. Sur la route, alors que j’étais en train de lui poser mille questions métaphysiques, il me coupait presque la parole en me disant : « Dis donc, t’as vu cet arbre ? Il est magnifique n’est-ce pas ? Il doit avoir au moins cent ans… La nature est fantastique ! Tu ne trouves pas que Dieu a crée des choses magnifiques ? » Et moi, l’air désemparé, je le regardais étrangement et lui répondais de plus belle : « C’est clair ! C’est beau !…. heu… mais au fait, tu penses quoi de ceci et cela ? » Sammy me répliquait calmement, mais totalement à côté : « Et si on allait boire un café dans ce petit bar ? Je vais te présenter quelqu’un ! Tu vas voir comme il est sympa ! T’es d’accord ? » Si vous auriez vu ma tête !… « Heu… oui, pourquoi pas, merci beaucoup… mais c’est toi qui paye ! » Puis je me trouvais devant un grand gaillard en train d’essayer de me convaincre de l’existence de Dieu. Sammy avait un sourire jusqu’aux oreilles ! Se battre pour convaincre les autres est une très bonne formation ! Sammy m’aidait à ressaisir les choses simples de la vie. Parfois, sous la forme d’une question, il me faisait une suggestion : « Tu lis quoi en ce moment dans la Bible ? » Il ne fouillait jamais ma vie, ne me tirait pas les vers du nez. Jamais il ne m’a proposé un régime spirituel spécial ou un shoot d’anabolisants bibliques. C’est dans la simplicité que Sammy m’encourageait à me mettre à l’écoute de Dieu. Il n’a jamais pris la place du Saint-Esprit. C’est parce que Sammy a su discerner le travail de l’Esprit de Dieu dans ma vie, que j’ai pu apprendre petit à petit (et je suis encore en formation) à regarder les autres avec miséricorde, patience et compassion. Ce dont j’ai le plus besoin moi-même, c’est justement ce qu’il me faut donner aux autres.
Mon premier ministère était… responsable du ménage. Le deuxième… Celui du rangement et du classement des livres dans mon Église locale. D’ailleurs, c’est dans ce ministère là que j’ai essuyé mes premières critiques. Ca fait mal, mais Dieu a plus d’un tour dans son sac, ou plutôt plus d’un organe dans son Corps, sans lesquels nos ministères ne pourraient jamais exercer leur fonction convenablement. Puis il y a eu l’IBG où j’ai pu me confronter aux autres, à leurs convictions, à leurs caractères, où j’ai pu acquérir, en plus d’une formation théologique, une formation pratique de l’amour, du travail en équipe, de la soumission. C’est même là-bas que pour la 1re fois de ma vie… j’ai fait la vaisselle… etc. Mon expérience personnelle est que ce sont les accrochages, les erreurs de parcours, les échecs, les petites glorioles personnelles démasquées, les humiliations, les frustrations, qui m’ont servies de « promotions ». En fait, j’ai rarement appris de mes réussites. Je retiens une chose. C’est que quelque soit notre ministère (service), il ne passera jamais avant notre ressemblance à Christ. Il ne passera pas non plus avant mon épouse et mes enfants car « le Seigneur ne nous demande jamais de sacrifier nos familles sur l’autel du ministère ». Voilà encore une phrase qui raisonne encore dans mon cœur. Elle a été prononcée par Daniel Herrmann, missionnaire à France Pour Christ, alors qu’il donnait un cours à l’IBG. Voilà encore un aîné de qui je garde un souvenir impérissable. Il a certainement marqué pour toujours ma vie chrétienne et la vision que j’ai de mon ministère… en une seule phrase.
À ce titre, et en guise de conclusion : « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Considérez quel est le bilan de leur vie et imitez leur foi. »[1]
Lorsque je lis ces lignes, des noms et des visages me viennent à l’esprit. Des serviteurs de Dieu dont le ministère actuel se limite peut-être à leur seule présence aux côtés de leurs épouses, époux. Leur fidélité jusqu’au bout, leur attachement à Christ malgré les épreuves, parfois leur mauvaise santé, les souffrances qu’ils ou elles endurent… sont autant de modèles précieux pour mon ministère. Ils sont la preuve irréfutable du message qu’ils ont annoncé et pour lequel ils se sont engagés durant toute leur vie terrestre ! Je souhaite être comme eux !
[1] Héb. 13.7
Daniel C