Questions à Raphaël Anzenberger : l’implantation de Loches a un an, bilan rapide ?

Que dire sinon « Gloire à Dieu ! » Une cinquantaine de personnes au culte chaque dimanche, dix baptêmes, et d’autres en préparation pour le printemps… Au final plus de 1000 personnes sont passées par notre lieu de culte et ont entendu le message de l’Évangile !

Comment l’Église qui s’implante à Loches forme-t-elle des disciples ?

Le mot clé lorsqu’on parle de discipulat est « intentionnalité ». Beaucoup veulent former des disciples sur le papier, mais dans la réalité, il faut beaucoup d’intentions pour y arriver. À Loches, nous prenons cela très à cœur. C’est même là notre cheval de bataille.

Lorsqu’une personne s’intéresse à l’Évangile, nous lui proposons de suivre une étude biblique personnalisée intitulée : « Les 7 miracles de Jean ». Au cours de cette étude, nous apprenons à découvrir la personne et l’œuvre de Jésus pour nous. À la fin de cette étude, si la personne n’a pas déjà fait le pas, nous lui proposons de confier sa vie à Jésus.

L’étape suivante consiste à enraciner la foi du jeune converti. Nous utilisons une étude inductive appelée « Leçons de vie spirituelle », liées à l’Évangile de Jean. Celle-ci mêle à la fois acquisition des disciplines spirituelles, théologie biblique, relation d’aide et évangélisation. Treize leçons, dans la relation un à un, avec un accent particulier sur la redevabilité. Cette étude, pratique, est un apprentissage des fondamentaux. Elle est circulaire et ne suit pas le développement théologique classique, par sujets dogmatiques. Elle propose un survol de principes à acquérir, et s’assure, que ceux-ci sont acquis et maîtrisés avant d’aller de l’avant. La personne a l’impression d’aller de l’avant en revenant sur ce qui a été vu auparavant. Au cours de cette série, nous proposons au disciple de se faire baptiser. Chaque disciple de l’Église de Loches a soit à enseigner quelqu’un, soit a été enseigné ainsi. Cela permet de développer un ADN biblique commun sur les grands sujets de la Bible.

Ensuite, nous proposons au disciple d’intégrer un Groupe de Croissance (GdC). Il rassemble deux ou trois personnes de même sexe qui se réunissent chaque semaine pour partager leur cheminement spirituel. Un groupe ne doit pas excéder trois personnes, mais se scinder dès qu’il passe à quatre. Les GdC tournent autour de trois disciplines essentielles à une croissance spirituelle personnelle : une lecture régulière des Écritures, la confession des péchés et la prière pour ceux qui ont besoin de Christ.

Nous proposons à chaque membre de l’Église des temps de prière, le matin et le soir, du lundi au vendredi, pour développer l’acuité spirituelle. En effet, cette discipline spirituelle nous apprend à rester attentifs à la présence de Dieu au quotidien, en évitant le clivage séculier/sacré, qui fait que lundi n’a pas grand-chose à voir avec dimanche. Nous mettons aussi en avant le besoin de respecter le jour du sabbat, chez nous, de vendredi soir à dimanche matin. C’est non seulement un commandement divin, mais aussi une position d’humilité. Nous apprenons à laisser notre travail pour nous laisser restaurer par Dieu pour la semaine suivante.

Ainsi l’Église développe quatre structures qui permettent la formation de disciples : la direction spirituelle (études bibliques inductives personnalisées), le vécu en communauté (temps de prières quotidien), la redevabilité en cellules (GdC) et la célébration dominicale (cultes). Elles forment la colonne vertébrale de la formation de disciple.

Une Église doit-elle selon toi savoir faire la différence entre « converti » et « disciple » ?

Il y existe un glissement sémantique malheureux dans notre jargon évangélique. Le converti est compris comme un chrétien de base, et le disciple, comme un chrétien dopé aux stéroïdes ! C’est un schéma hérité des campagnes d’évangélisation du XIXe siècle où l’on catégorisait les personnes qui répondaient à l’appel en convertis- et le travail de suite : former des disciples.
L’Écriture n’entend pas les choses ainsi. « Pendant toute une année, ils se réunirent aux assemblées de l’Église, et ils enseignèrent beaucoup de personnes. Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens.[1] »

Le statut de chrétien vient après celui de disciple. Autrement dit, on est d’abord disciple, puis, une fois enseigné, on est reconnu chrétien. Troublant ! Mais si l’on entend que chrétien veut dire petit Christ alors il est naturel d’y voir l’aboutissement d’un enseignement du disciple à refléter toute la dimension de son maître. La formation d’un disciple ne s’opère qu’en communauté. Bien loin des programmes de formations individuelles qui font fi de la dimension communautaire.


[1] Actes 11.26

Raphaël Anzenberger