Il y a quelques années, je regardais une émission à la télévision sur les sorties scolaires pédagogiques. Une classe visitait l’église du village. Les écoliers entrèrent en rang par deux, marchèrent le long de la nef en direction d’une statue représentant la Vierge Marie tenant l’enfant Jésus dans ses bras. L’institutrice demanda à ses élèves les noms de la dame et de l’enfant. Long silence. Les enfants ne connaissaient ni le nom de la femme, ni celui de l’enfant…
Autrefois, l’Europe, en particulier la France, était familiarisé et imprégné par le christianisme. Cette époque est révolue. Il n’est plus possible de présumer que nos contemporains savent de quoi nous parlons quand nous disons : « Jésus est mort à la croix pour mes péchés. »
Dieu est mort en Europe ou, comme il était possible de lire sur les bus anglais en 2009 : « Dieu n’existe probablement pas. Alors arrêtez de vous faire du souci et profitez de la vie. »
Comment interpeller nos contemporains sur la pertinence de l’Évangile dans ces circonstances ?
La « mort de Dieu » n’a pas mis fin aux questions existentielles. Bien au contraire !
J’ai travaillé un an avec les Groupes Bibliques Universitaires. Alors que je discutais avec les étudiants sur la nécessité d’étudier la Bible pour répondre aux questions fondamentales, une étudiante française m’a interpellé : – Qui devons-nous croire ? Nous ne savons plus à qui nous fier ! À qui ferons-nous confiance ? Nous avons des questions auxquelles plus personne ne souhaite répondre.
Perte de repères
Dans la sphère publique, peut-être Dieu est-il mort. Mais au fond du cœur de l’être humain, il y a toujours cette soif insatiable. Nos contemporains ont des questions auxquelles il faut apporter de vraies réponses.
C’est pourquoi, nous devons renouer avec l’apologétique. Selon le professeur Alister Mac Grath, « c’est une défense de la foi chrétienne, une démonstration de sa prétention à être vraie et pertinente sur le grand marché des idées ». À l’heure actuelle, l’apologétique est considérée utile seulement pour les intellectuels. Pourtant pour l’homme de la rue, la simple évocation de « Dieu » induit certains stéréotypes. Comme celui d’un Dieu assis sur un nuage avec une grosse barbe incapable de s’occuper de nous parce qu’il est trop vieux. Parce que ces images sont fausses, nous avons besoin de faire réfléchir les gens et les convaincre de la justesse de la vision biblique du monde. Comment allons-nous faire cela ?
Premièrement, en persuadant nos contemporains que l’Évangile est la vraie réponse à leurs besoins fondamentaux. Comme le dit si bien l’apologète Ravi Zacharias, l’apologétique c’est faire une taille franche dans le buisson du doute pour que le sceptique ait une juste vision de la croix. Nous devons montrer en utilisant un langage simple, dépouillé de connotations religieuses, que l’aspiration ultime de l’être humain est de connaître Dieu. Et que cette relation n’est possible qu’au travers de Jésus-Christ.
Vivre toujours plus en cohérence avec l’Évangile. Notre culture a besoin d’une apologétique qui ne soit pas simplement des mots mais vécue. Les gens n’écoutent plus simplement, ils observent. Si nos actions ne sont pas cohérentes avec ce que nous croyons, l’Évangile ne sera même pas une option pour nos concitoyens. Nos vies transformées doivent témoigner que l’Évangile est vrai.
Développer des communautés toujours plus centrées sur l’Évangile. « La communauté est l’apologétique ultime », disait Francis Schaeffer. Nos relations les uns aux autres sont le critère que le monde utilise pour juger si notre message est vrai. Nous devons apprendre à mettre l’Évangile au centre de nos relations afin que les non chrétiens qui fréquentent nos assemblées puissent dire : « J’ai réellement envie de vivre cela. »
Ainsi, pour mettre au défi notre génération séculière, nous devons renouer avec une apologétique qui montre que l’Évangile est la vraie réponse aux grandes questions existentielles, une apologétique attestée par des vies changées et une apologétique visible, relationnelle et communautaire.
Conseils de lecture
− Pour faire mieux connaissance avec l’apologétique, j’aimerais suggérer la lecture du livre Jeter des ponts de Alister MacGrath aux éditions La Clairière.
− Pour une réponse simple et claire aux sept grandes questions de nos contemporains, l’ouvrage Questions autour de Dieu (Collectif) aux éditions Farel est un excellent choix.
Recommandations à l’Église pour présenter l’Évangile à l’homme d’aujourd’hui
Dans cet article, rassurez-vous rien de compliqué ni de nouveau. Je laisse aux sociologues et autres analystes le soin de décrypter notre société. Je vous propose un survol sur ce que j’appelle les 5 indispensables pour une présentation pertinente et actuelle de l’Évangile.
Chacun de ces incontournables commence par la lettre P.
P comme présence
À quoi reconnaît-on une Église fidèle, qui a le souci des autres et obéit au commandement de Jésus de faire de toutes les nations des disciples ? À sa doctrine ? À ses bâtiments ? Aux nombres de réunions où l’Évangile est proclamé ? Non. À l’amour manifesté les uns envers les autres, précise Jésus. Michaël Green déclare « À moins que la communion au sein de l’assemblée chrétienne soit de loin supérieure à ce que l’on trouve ailleurs dans la société, les chrétiens pourront s’égosiller à parler de l’amour et de la puissance de transformation de Jésus, personne n’écoutera. » Dur, dur et pourtant vrai à 100 %. Tout modèle d’évangélisation qui s’écarte de cet impératif d’un amour visible, fort, incarné, crédible, en un mot d’une vraie présence chrétienne dans et en dehors de l’Église locale se fourvoie.
P comme proclamation
L’Évangile doit être vécu. Mais aussi annoncé, dit. « Annoncez la Bonne Nouvelle à tous les hommes ! »[1] déclare Jésus. Le paragraphe 4 de la déclaration de Lausanne explique en quoi consiste cette annonce : « Évangéliser, c’est répandre la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, qu’il est ressuscité des morts selon les Écritures, qu’il règne en Seigneur et qu’il offre maintenant, à tous ceux qui se repentent et croient, le pardon des péchés et le don du Saint Esprit pour nous rendre libres. » L’Église ne propose pas une morale, un pansement. À travers le témoignage vécu et dit de chacun, elle proclame le plus beau des messages.
[1] Marc 16 : 15
P comme passion
C’était lors d’une convention d’une union d’Églises. À la fin de la présentation de mon ministère, Mickaël, 24 ans vient me voir.
− Il faut que tu viennes dans l’Église de mon père pour nous former au témoignage.
Apparemment il avait le feu.
− Parle-moi un peu de toi. De ta passion pour Jésus et pour le faire connaître.
Après une vie chrétienne du dimanche, Mickaël a vécu une expérience particulière. Un soir, alors qu’il lisait la Bible, l’Esprit de Dieu l’a visité. Il lui a révélé son péché. Mickaël s’est repenti et Dieu l’a rempli de son Esprit. Le feu avait été allumé ! Depuis cette expérience Mickaël témoigne partout de sa foi nouvelle. Bien formé au niveau académique, ce jeune homme a écrit à plus de 150 personnalités du showbiz pour leur témoigner de Jésus. Plusieurs lui ont répondu et ont été touchées par son amour et son enthousiasme. Que chacun entretienne ce feu sacré. Et peu importe si parfois il y a un peu trop d’exubérance au goût de certain. Mieux vaut une Église où la température est élevée plutôt qu’une Église congélateur.
P comme patience
Qu’il est difficile dans une société de l’instantané de faire preuve de patience ! Bien des chrétiens se découragent face au manque d’intérêts et de réponses à leur témoignage. L’Évangile est-il vraiment efficace ? Change-t-il réellement encore des vies ? Bien sûr que oui. N’en doutons pas. Sachons faire preuve de patience. De persévérance. Rappelons-nous que les personnes viennent à Christ au travers d’un cheminement spirituel. Et que celui-ci peut prendre plus ou moins de temps.
P comme puissance
Je crois que bien des communautés d’Occident auraient besoin de redécouvrir cet aspect de l’Évangile. Hier comme aujourd’hui, rares sont les personnes qui ont été convaincues de l’Évangile au travers d’arguments chocs. La force de l’Évangile c’est l’Évangile lui-même conjugué à l’action miraculeuse du Saint-Esprit. Paul l’avait compris : « Mon enseignement et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une action manifeste de l’Esprit »[1] Au lieu d’enfermer le Saint-Esprit dans des boîtes et de beaux principes, l’Église gagnerait à s’humilier pour son manque de puissance. Prions, – Tiens encore un P, certainement le plus important ! – et demandons à Dieu une nouvelle effusion de son Esprit. Pour présenter l’Évangile à l’homme d’aujourd’hui.
[1] 1 Cor. 2.4
Emmanuel Maennlein