Cultiver la présence de Jésus : L’exemple d’André Adoul
La plupart des chrétiens qui souhaitent témoigner de leur foi autour d’eux ne savent trop quoi dire à leurs interlocuteurs. Ayant entrepris une biographie sur la vie de l’évangéliste André Adoul, j’ai découvert que l’une de ses préoccupations, venant après celle de cultiver la présence de Jésus, concernait ce souci.
En 1968, à l’occasion d’une retraite, il lui a été demandé de préciser ce que devait être le contenu d’un message d’évangélisation ou d’énumérer les vérités qu’il ne fallait pas manquer d’annoncer lors d’une conversation avec une personne que nous voulions conduire à Jésus. D’emblée il pensait qu’il lui suffisait d’ouvrir un livre de doctrine et d’en relever les points essentiels pour répondre à l’attente de ses auditeurs. Puis, perplexe et sans doute poussé par Dieu, il eut l’idée de relire le livre des Actes des Apôtres comme un enfant qui ne sait rien et veut être instruit sur la façon d’annoncer la Bonne Nouvelle. Les découvertes qu’il fit, l’humilièrent et le réjouirent à la fois. À sa grande surprise, il comprit qu’il avait bien mal prêché l’Évangile jusque-là, alors que depuis 25 ans il allait d’Église en Église pour inviter des pécheurs à rencontrer Christ. Le livre des Actes lui apprit d’abord que le message à apporter aux inconvertis est toujours le même, qu’il s’agisse des enfants ou des adultes[1], des juifs ou des païens[2], qu’il soit délivré dans les rues ou dans les maisons[3], qu’il s’adresse à ceux qui ignorent le Christ ou en ont une certaine connaissance[4]. Naturellement, les exposés peuvent varier dans leur forme, les apôtres se font juifs avec les juifs, grecs avec les grecs, petits avec les petits, mais leur contenu ne varie pas. Une lecture attentive du livre des Actes l’a amené à faire une série de découvertes dont celle-ci en particulier concernant la personne de Jésus-Christ.
Les apôtres prêchaient le Sauveur plus que le salut. Ils annonçaient la Bonne Nouvelle de Jésus[5] plutôt que la bonne nouvelle du salut. Ils présentaient une personne, la personne du Fils de Dieu, sans infliger à leurs auditeurs un cours de doctrine. Voyez Philippe : il est descendu en Samarie et il a prêché le Christ[6]. Attristé sans doute de n’avoir pas pu parler de Jésus à l’aréopage, Paul se rendant à Corinthe a pris une ferme décision : je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié[7].
Pourquoi est-il important de prêcher une personne plutôt qu’une doctrine ? Parce que les pécheurs sont appelés à plaider coupables et à capituler devant le Fils de Dieu. Ils ne sont pas invités à adhérer à une doctrine, par un acte purement intellectuel qui les dispenserait de la repentance. Et puis, une doctrine ça se discute, nous en prenons et nous en laissons. Nous la confrontons à la nôtre… Tandis qu’il faut choisir, ou bien d’accueillir le Christ sauveur, ou bien de lui tourner le dos en refusant son autorité. Tout est là. André reconnaissait avoir trop longtemps prêché de la doctrine ou plus exactement brossé le plan de salut en s’appuyant sur l’épître aux Romains. Il avait oublié que cette épître, destinée surtout à des chrétiens, est précédée de quatre Évangiles qui relatent la vie de Jésus. S’il n’est pas inutile de citer quelques éléments de doctrine, il est cependant nécessaire et capital d’évoquer en premier lieu la personne et l’œuvre du Fils de Dieu, à l’instar de l’apôtre qui s’efforçait d’enseigner ce qui concerne le Christ Jésus[8].
André Adoul a eu de nombreuses occasions de mettre cela en pratique que ce soit à travers ses prédications publiques ou des entretiens privés, parfois fortuits comme ce jour-là :
« Pour me rendre à mon domicile, je traversais un quartier de Paris où fleurit la prostitution. En apercevant une jeune et belle femme s’adonner à cette triste besogne, le cœur serré je dis à mon Dieu : – Donne-moi l’occasion de parler de toi à l’une ou l’autre d’entre elles ! La réponse ne devait pas tarder. En effet, quelques heures plus tard, retournant à mon véhicule, que j’avais garé dans une rue voisine, j’eus la grande surprise de voir l’une de ces femmes qui attendait le client, assise sur le capot de ma voiture. Je dis bien ma voiture, alors qu’on compte plus d’un million de véhicules en stationnement dans les rues de la capitale ! Le choix de mon auto tenait donc du miracle. Sans manifester la moindre humeur, je m’approchai pour introduire la clé dans la serrure lorsque, surprise et gênée, la femme sauta brusquement sur le trottoir en s’excusant, puis elle tenta de m’entraîner. Je me gardai d’entamer la conversation comme je croyais devoir le faire autrefois, c’est-à-dire en dénonçant avec vigueur son péché :
– Mais vous n’avez pas honte d’accomplir ce travail !
Elle m’aurait lâchée sans attendre le reste… Au contraire !
Sans formuler de reproche, je lui demandai en souriant :
– Êtes-vous réellement heureuse dans ce boulot ?
– Ah, il faut bien gagner sa vie !
– C’est vrai…
Je n’insistai pas sur ce point, en la regardant je m’exclamai :
– Mademoiselle ! J’ai une histoire merveilleuse à vous raconter, de plus elle vous concerne. Vous voulez que je vous la raconte ?
Elle parut acquiescer, plutôt étonnée. Alors je lui annonçai la bonne nouvelle de Jésus, lui faisant le récit – je dis bien le récit – de son passage sur terre, depuis sa venue dans notre monde jusqu’à son prochain retour.
Elle m’écouta jusqu’au bout, sans broncher, puis me dit un peu émue :
– Vous savez hier je suis allée brûler un cierge dans l’église voisine…
C’était une âme inquiète, sans doute consciente de son péché et que le récit du Sauveur qui avait donné sa vie pour elle avait touchée ou rappelée à l’ordre. Je ne sais ce qu’il est advenu de cette personne. Une chose est sûre, c’est que je ne l’ai plus jamais revue alors qu’elle tenait le coin de la rue tous les jours. Sans doute aurai-je la joie de la retrouver dans le ciel, auprès du Seigneur ! »
[1] Actes 26.22
[2] Actes 26.20
[3] Actes 20.20
[4] Actes 2.22, 28.31
[5] Actes 5.42, 8.5,35, 11.20
[6] Actes 8.5
[7] 1 Cor. 2.3
[8] Actes 26.31
Frédéric T